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Confinement, pandémie, et post-covid : comprendre les effets aujourd’hui sur les jeunes, en France et dans le monde

Professeure en psychologie clinique et psychopathologie, Claudine Veuillet-Combier a coordonné la publication de l’ouvrage Adolescents dans le monde face à la pandémie, sorti début janvier. Un livre qui, six ans après la crise sanitaire, reste toujours d’actualité au vu des effets post-Covid et de la nécessité d’analyser cette expérience pour en tirer leçons.

En 2022, le colloque « Adolescents dans le monde face à la pandémie » était organisé par le laboratoire Clipsy dans le cadre de la chaire Parole et pouvoir d’agir des enfants et des jeunes. L’occasion pour des chercheur∙es en sciences humaines et sociales et les professionnel∙les de santé de plusieurs pays (Brésil, Chili, Canada, Suisse, France, États-Unis), membres du réseau international ProResearch PsyCADO, de témoigner de leur vécu et de leur analyse de cette crise sanitaire.

Leurs travaux présentés sous forme d’articles dans l’ouvrage rendent compte de la réflexion collective engagée et apportent des réponses aux nombreuses questions soulevées : comment les jeunes se sont-ils adaptés ? dans quelle mesure cette expérience a impacté leur famille ? quels sont les effets psychopathologiques ?

« Le Covid a eu des effets sur la vie psychique et relationnelle des adolescents, affirme Claudine Veuillet-Combier, directrice adjointe de Clipsy, également psychologue au SSU. Je le vois encore lors de mes consultations car les ados d’hier sont les étudiant∙es d’aujourd’hui. L’intérêt de l’ouvrage est de laisser une trace, il contribue aux connaissances sur la santé mentale des jeunes et ouvre des réflexions sur les pratiques d’accompagnement thérapeutiques et les enjeux de prévention. »

Les inégalités mises en lumière

Dans le premier article, Emmanuel Gratton, maître de conférences en psychologie clinique sociale, habilité à diriger des recherches (HDR) à l’UA, s’intéresse à l’expérience des jeunes lors du confinement et du déconfinement. « La qualité de l’environnement est un élément clé du bien-être et celles et ceux dans une situation de précarité sont plus à risque d’anxiété majorée, précise-t-il. Les activités culturelles et sportives ont persisté et les activités scolaires sont restées source de motivation. Cependant, le monde externe est entré en résonance avec leur monde interne : le confinement, propice à l’observation, peut aussi générer un sentiment de vide et d’absence. »

Claudine Veuillet-Combier ajoute : « Dans certains cas, on a assisté à la renaissance d’une proximité familiale : les enfants cuisinent avec les parents, on ressort les jeux de société… Dans d’autres, on sait aussi que la violence a augmenté dans certains foyers. »

Dans son article, la chercheuse se penche, elle, sur les professionnel∙les de l’adolescence impliqués dans les soins psychiques. Des séances de groupes en ligne ont été organisées en septembre 2020 pour que chacun∙e contribue à la connaissance scientifique de cette situation inédite, qui a provoqué chez certain∙es un vécu « traumatique doublé d’une mise à l’arrêt de la pensée, conclut la chercheuse. Cette crise sanitaire n’a été qu’un révélateur de plus des inégalités familiales, sociales, et numériques. D’autres épreuves nous attendent et il ne tient qu’à nous de tout mettre en œuvre pour aider la jeunesse à s’y préparer afin que l’insouciance puisse revenir flirter avec le temps de l’adolescence. »

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