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« Déracinés », une BD sur les enfants déplacés pendant la décolonisation

Professeur d’histoire contemporaine à l’UA, Yves Denéchère a supervisé et participé à la réalisation d’une bande dessinée documentaire, parue le 24 juin 2026. À travers dix portraits, elle donne à voir autant de parcours d’enfants arrachés à leur terre natale dans les années 1950-60.

Yves Denéchère (à droite), avec Pierre Séry, dont le parcours d'enfance est résumé dans la BD.
Yves Denéchère (à droite), avec Pierre Séry, dont le parcours d'enfance est résumé dans la BD.
Pierre voit le jour en 1948, en Indochine. Sa mère est Vietnamienne, son père appartient à l’armée française. En 1954, le militaire met fin à son service et regagne la Réunion, où vit sa famille. Avec son fils, mais sans sa compagne. Sur l'île, Pierre doit apprendre le français, subir les moqueries sur son origine, supporter une belle-mère… Placé, puis devenu pupille de l’État à 14 ans, il s’envole pour Paris en 1968, le Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer (Bumidom) lui ayant trouvé une formation.

En 1963, la base militaire française de Senos, au Laos, s’apprête à fermer, mettant fin à la présence permanente française en Asie. La mère d’Hélène, une métisse née hors mariage, accepte que sa fille de 6 ans prenne l’avion pour la France. Elle sera accueillie dans l’abbaye de Saint-Rambert-en-Bugey (Ain), où les religieuses lui inculqueront, ainsi qu’à des dizaines d’autres, une éducation stricte. Après avoir obtenu son bac, Hélène prend la direction de Paris, y construit une nouvelle vie, sans avoir envie de se retourner sur son passé.

Diversités des parcours

Au fil des 88 pages de Déracinés – Une histoire des enfants déplacés pendant la décolonisation, le lecteur découvre dix portraits, dix parcours : ceux d’Eurasiens, nés du métissage entre parents européen et asiatique, celui d’une fille de harkis obligés de fuir après l’indépendance de l’Algérie, le destin d’enfants nés de l’union entre tirailleurs africains et femmes d’Indochine, ou bien encore le périple de ces familles réunionnaises appelées à peupler une région de Madagascar…

S'appuyant sur six pages de BD et deux pages de commentaires, chaque récit est le fruit de la collaboration entre un chercheur, un illustrateur, et la scénariste, Isabelle Dautresme. Dans la moitié des cas, c’est la véritable histoire d’une personne qui constitue le fil conducteur de l’intrigue. « Cela a été un véritable dialogue entre les chercheurs, les dessinateurs, les personnes concernées et la scénariste, chacun apportant sa pierre à l’édifice », note l’historien Yves Denéchère, qui a supervisé l’ouvrage.

Partage des connaissances

Les travaux ont débuté à l’automne 2024, dans le sillage du programme de recherche EN-MIG, « Enfants en décolonisation : migrations contraintes et construction individuelle (1945-1980) ». Coordonné par Yves Denéchère, et soutenu par l’Agence nationale de la recherche, le projet a permis d’étudier les déplacements forcés des enfants des différentes parties de l’empire colonial français en décomposition, de l’Indochine à Madagascar, en passant par l’Afrique. L’équipe de recherche a également tenté de saisir l’effet de ces mobilités sur la construction personnelle des enfants qui les ont vécues.

Imaginée dès l’origine du projet EN-MIG, la BD Déracinés permet de partager les connaissances sur ce pan méconnu de l’histoire de France. « Nous voulions à la fois montrer la diversité des parcours de déplacements et leurs points communs, explique Yves Denéchère. On déplace les enfants sans leur expliquer pourquoi, ou incomplètement, et ils se retrouvent balloter d’un point à l’autre », arrivant en Métropole, devant oublier leur culture d’origine, voire les liens avec leur mère, avec leur famille. « Ces déplacements ont été mis en œuvre par l’État, ou des organismes auxquels l’État a conféré un “bio-pouvoir”, c’est-à-dire un pouvoir sur la vie de ces enfants. Ils sont déplacés, un peu comme des objets. À l’époque, on ne faisait pas forcément grand cas de ces choses-là. Et puis, il y a le contexte, ce qu’impose la décolonisation. Les Français doivent se retirer, se mettre à l’abri. Cela était au cœur du projet EN-MIG : démêler ce qui relève de la contrainte et de l’agentivité. Car pour certains, ces déplacements ont représenté une opportunité qu’ils ont saisie ».

Pratique

La BD documentaire Déracinés – Une histoire des enfants déplacés pendant la décolonisation est sortie le 24 juin 2026,
aux éditions Petit à Petit.

88 pages

Prix : 17,90 euros

N°ISBN : 978-2-380-46396-5

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