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Expédition CHARM : « Une superbe aventure humaine et scientifique »
Du 4 mai au 13 juin, une centaine de scientifiques ont œuvré à bord du navire-laboratoire Marion Dufresne pour une mission au large du Mozambique et de l’Afrique du Sud. Soutenu par la Flotte océanographique française, le programme international de recherche CHARM vise à reconstituer les variations climatiques passées dans l’hémisphère Sud, afin de mieux comprendre le fonctionnement naturel du système climatique et d’améliorer les projections pour le futur.
Retour sur cette expédition avec Meryem Mojtahid, paléoclimatologue à l’Université d’Angers (LPG), coordinatrice du projet CHARM.
Quel bilan tirez-vous de ce mois et demi passé en mer ?
Meryem Mojtahid : C’était une superbe aventure humaine et scientifique. C’est assez rare de réunir en un même lieu autant de scientifiques, d’ingénieurs, de techniciens et d’étudiants issus de disciplines différentes. Nous étions environ 70 pour la première partie au large du Mozambique, et une soixantaine pour la seconde partie dans l’Atlantique, à l’embouchure du fleuve Orange, sans compter la quarantaine de membres d’équipage. L’ambiance de travail a été remarquable du début à la fin et une véritable dynamique collective s’est créée à bord. Tout le monde était extrêmement motivé et impliqué dans la réussite de la mission. En plus des expériences, nous avons organisé tout un cycle de conférences et d’ateliers pour échanger des connaissances. Et nous avons fait de très belles découvertes.

Meryem Mojtahid, à bord du Marion Dufresne.Nous savions que, théoriquement, les deux zones étaient particulièrement intéressantes, mais il y a très peu de littérature. On savait où l’on allait, mais pas toujours ce qu’on pourrait y trouver. Ce sont des sites que l’on ne connaît pas bien. C’était d’ailleurs l’enjeu de ces missions. De nombreuses études ont été réalisées sur les climats de l'hémisphère Nord, mais nous avons peu de données pour le Sud. Pour anticiper l’avenir, il est indispensable de comprendre comment le climat a varié naturellement dans le passé. Ces données servent à tester et améliorer les modèles climatiques utilisés pour projeter les changements futurs.
La mission représentait également un défi technique pour l’équipage et le capitaine. Le Marion Dufresne a un tirant d’eau de 7 mètres, et nous l’avons fait naviguer dans des zones de faible profondeur, une vingtaine de mètre parfois.
Quels types d’opérations avez-vous effectuées ?
MM : Sur le bateau, il y avait différents types d’instruments. Le cœur de la mission, c’était de ramener des carottes sédimentaires qui constituent de véritables archives naturelles du climat et de l’environnement passés. Plus on va profond, plus on remonte loin dans le temps. Nous avons réalisé une vingtaine de carottes longues, dont l’une de 36 mètres de longueur !
Nous avons également extrait près de 500 carottes courtes, de moins d’un mètre, pour étudier l’interface entre l’eau et les sédiments. On a multiplié les mesures dans la colonne d’eau : température, salinité, taux d’oxygène, pH… On a utilisé des filets à plancton, afin de connaître tout l’environnement chimique et biologique actuel, et ainsi pouvoir mieux interpréter ce que l’on va retrouver dans nos archives sédimentaires.
Avez-vous pu débuter les analyses ?
MM : Nous avons réalisé à bord tout ce qui était non-invasif. On a coupé les carottes longues en sections d’un mètre, avant de les passer sur un banc analysant les propriétés physiques du sédiment. On a fait des descriptions visuelles, des photos haute résolution, des analyses de la couleur… On a fait pas mal de mesures non destructrices, en travaillant 24 heures sur 24, par rotation de quatre heures.
Les carottes sont pour l’instant toujours à bord. Elles seront débarquées cet été à La Réunion, avant d’être acheminées par container réfrigéré jusqu’en métropole, pour être stockées dans une « carothèque ».
Les échantillons prélevés constituent une ressource scientifique pour au moins une ou deux décennies. Ils vont servir de matière première à des doctorats, des post-doctorats… Nous sommes en train de voir qui va travailler sur quoi, quel laboratoire va faire telle analyse, avec quels financements ? La fin de cette expédition n'est que le début du projet.
D’autres expéditions sont-elles prévues ?
MM : À l’origine du projet, il y avait trois missions de trois semaines environ chacune : au Mozambique, en Afrique du Sud, et en Amérique du Sud. Nous avons enchaîné les deux premières, et la troisième est toujours envisagée à proximité de l’estuaire du fleuve Rio de la Plata, au large du Brésil et de l’Uruguay. Le dossier a été transmis à la Flotte océanique française. Cela va dépendre des disponibilités du Marion Dufresne, ou d’un navire de moindre capacité, Le Pourquoi Pas ?
Le volet Médiation scientifique se poursuit
Le programme de recherche CHARM comprenait dès son origine un important volet de médiation scientifique destiné aux jeunes publics. Depuis la rentrée 2025, l’équipe du Laboratoire de planétologie et géosciences (LPG) est intervenue auprès de sept classes d’écoles et de collèges des Pays de la Loire, comme à Avrillé (lire l’article). Avec l’appui de la société Culture Biome, les scolaires ont pu prendre connaissance des objectifs et enjeux de la mission, à travers différents ateliers, et concevoir des expériences dont certaines ont ensuite été réalisées à bord du Marion Dufresne. Depuis leur retour, les membres de Culture Biome et les scientifiques rendent de nouveau visite aux scolaires pour échanger sur les expériences et le voyage. « Il est important de leur faire prendre conscience de la nécessité de prendre soin des océans, indique Meryem Mojtahid, coordinatrice du projet CHARM. Et cela pourra peut-être susciter des vocations ».
Au Mozambique, des écoles primaires locales et le collège-lycée français de Maputo ont visité le Marion Dufresne et échangé directement avec l’équipe scientifique embarquée.
La valorisation de l’expédition va se poursuivre par d’autres actions de culture scientifique. Une exposition photo et un documentaire sont en préparation.
À bord du Marion Dufresne
La radio France Inter a consacré une série de quatre reportages à l'expédition CHARM, diffusés du 8 au 11 juin 2026, dans le cadre de l'émission Un jour dans le monde.
Ils sont à écouter sur le site de Radio France, via ce lien.
