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AdoptRisk : sur les traces des adoptions illégales en France
Dans le prolongement d’une précédente étude sur les pratiques illicites dans l'adoption internationale, l’unité Temos coordonne depuis le 1er octobre 2025 un programme de recherche afin d’enrichir les connaissances sur les dérives de l’adoption d’enfants étrangers, mais aussi celles affectant des mineurs nés sur le sol français. Soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), le projet explore la période allant de 1923, année de la première loi française autorisant l’adoption des mineurs, à 2005, apogée de l’adoption internationale. Les précisions de l’historien Yves Denéchère, coordinateur d’AdoptRisk.
Quels sont les objectifs d’AdoptRisk ?
Yves Denéchère : Nous allons étudier l’adoption des mineurs en France en ayant en tête les risques de pratiques illicites. Au niveau international, nous l’avons déjà abordé, pour la période 1960-2005, dans notre « Étude historique sur les pratiques illicites dans l'adoption internationale en France », parue en 2023. Mais, il n’y a absolument aucune étude sur la France, sur les dérives sur le sol français, alors qu’il existe des témoignages attestant de situations problématiques au moins jusque dans les années 1980.
Par exemple ?
YD : Des mères ont accouché plus au moins dans le secret, « sous x » comme on le dit, dans des cliniques privées. Et à qui l’ont vient dire que le bébé est mort. Alors qu’il est bien vivant et va être confié à un couple qui n’a pas d’enfant.
Des personnes qui ont été adoptées ont découvert que leur mère biologique n’avait jamais consenti à l’adoption. Et pourtant, elles ont été adoptées.
On peut également citer le cas de ces femmes belges, prises en charge par des associations catholiques, qui venaient en France pour accoucher sous le secret, car cette possibilité n’existait pas en Belgique. Et une fois nés, les enfants retraversaient la frontière pour être adoptés par des familles belges. Cela pose la question du statut de l’enfant. On voit bien que l’on est ici dans une zone grise.
Comment documenter des actes qui, par nature, devaient être discrets ?
YD : C’est, en effet, l’une des difficultés du projet : trouver des archives sur des pratiques en marge de la légalité. Il y a tout un travail archivistique à réaliser afin d’identifier des sources, savoir comment y avoir accès, afin de disposer d’archives et pouvoir les confronter aux témoignages, pour cartographier ces pratiques et comprendre les mécanismes à l’œuvre.
A-t-on une idée de l’ampleur du phénomène ?
YD : Non, et ce sera très compliqué d’avoir un chiffre. Dans notre rapport de 2023, rédigé avec Fabio Macedo, nous avions pour ambition de qualifier les pratiques illicites dans les processus d’adoption d’enfants étrangers, et nous avons montré qu’elles avaient existé, qu’elles étaient récurrentes et qu’elles avaient perduré. Aujourd’hui, nous voudrions aller un peu plus loin en essayant de quantifier le risque de dérives, établir une probabilité en fonction de la date de l’adoption et du pays d’origine. Par exemple, si l’enfant est né au Guatemala, dans les années 1990, on sera capable de dire si le risque est élevé que le processus ait été entaché d’une pratique problématique, voire illégale.
Un projet collaboratif
Le programme AdoptRisk associe trois unités de recherche (Temos à Angers, Lisst à Toulouse et l’IHTP à l’université de Paris-8), pour un total de onze chercheur·es issus de plusieurs disciplines : histoire, archivistique, anthropologie, sociologie, psychologie et droit. Ce projet collaboratif bénéficie du soutien de l’Agence nationale de la recherche jusqu’en 2029, à hauteur de 320 000 euros pour 42 mois. Cette aide servira notamment à financer deux postes : un ingénieur de recherche en histoire (Fabio Macedo) et un ingénieur d’étude en archivistique.
