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Hyper-spécialisation touristique : un risque pour la santé mentale des populations ?
Le projet Vita entend étudier les liens entre développement touristique et santé mentale, à travers le cas de l’État mexicain du Quintana Roo. Piloté par le géographe Clément Marie dit Chirot, il est soutenu par l’Agence nationale de la recherche.
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La station balnéaire de Cancún.Des plages dorées, un camaïeu de bleu à l’horizon, des complexes hôteliers… Situés au sud du pays, à la confluence du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, l’État du Quintana Roo et sa station phare de Cancún sont viscéralement attachés au tourisme. « Ce secteur d’activité représente 45 % du PIB de la région, souligne Clément Marie dit Chirot, enseignant-chercheur à l’Esthua, membre de l’unité de recherche ESO (Espaces et sociétés). À titre de comparaison, pour les Baléares, c’est 35 % du PIB. Il s’agit de la plus importante destination d’Amérique latine, et, en même temps, c’est une région qui connaît des problématiques aiguës en matière de santé mentale, avec un taux de suicide parmi les plus élevés du pays, mais aussi des problématiques d’addictions, etc. »
Un lien existe-t-il ? Quels facteurs peuvent l’expliquer ? C’est l’enjeu du projet Vita (Vulnerabilities In Touristic Areas). « Les régions touristiques sont des zones de rapide urbanisation, avec de fortes migrations pour répondre aux besoins de main-d’œuvre, explique Clément Marie dit Chirot, qui a soutenu en 2014 une thèse sur les enjeux fonciers du tourisme au Mexique. Or, la migration est un facteur de risque pour la santé psychique, avec des personnes souvent déracinées, et ne disposant pas de soutiens familiaux ou amicaux en cas de difficultés. La santé psychique est un phénomène multifactoriel, et on interrogera aussi la question du travail touristique, avec beaucoup d’emplois dans le secteur du bâtiment ou des métiers de service, confrontés à des horaires particuliers et des logiques de saisonnalité se traduisant par des formes spécifiques de précarité. Autre facteur possible : l’accès aux soins dans une région marquée par un système de santé à deux vitesses. Car si les touristes disposent d’une offre de soins pléthorique, celle-ci est particulièrement précaire pour les populations locales, en particulier en matière de santé mentale. On essaiera donc de couvrir tous les facteurs liés à l’hyperspécialisation de l’économie qui pourraient exercer une influence sur le bien-être et la santé psychique des populations ».
Enquêtes quantitative et qualitative

Clément Marie dit Chirot travaille avec des étudiants locaux.Financée pour trois ans, à hauteur de 289 000 euros dans le cadre du dispositif Jeunes chercheurs et jeunes chercheuses de l’Agence nationale de la recherche (ANR), l’étude va s’appuyer sur un important travail de terrain. « Il n’y a pas de données fiables sur ce sujet. Donc, nous allons enquêter, grâce à des partenariats sur place, notamment avec l’Université autonome du Quintana Roo (UQROO) et avec l’Université Riviera située à Playa del Carmen, dont les étudiants de psychologie et de tourisme participent à l’enquête ». Cet aspect quantitatif sera complété d’un volet qualitatif, avec une série d’entretiens biographiques auprès de patients souffrant de pathologies psychiques, menés en collaboration avec un collectif de psychologues, ainsi qu’auprès de personnes non-suivies et d’acteurs du tourisme.
Au-delà du Mexique
Ce travail, impliquant sept chercheurs de l’unité ESO, avec le renfort d’un ingénieur de recherche pendant la durée du programme Vita, pourrait apporter des enseignements dépassant le cas du Mexique. « Il y a très peu de travaux sur ces questions-là, alors qu’on voit se multiplier les cas de mal-être social face au surtourisme, dans des territoires marqués par une forte présence touristique. Cela pourrait éclairer les acteurs politiques locaux sur ces enjeux ».
