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Séparés par des virgules

Mieux connaître l’impact du chalutage sur les fonds marins

Ingénieure de recherche au Laboratoire de planétologie et de géosciences (LPG), Christine Barras coordonne le projet Impec. Ce dernier, financé en partie par l’Office français de la biodiversité (OFB), vise à évaluer l’impact du chalutage sur les fonds marins en Méditerranée.


Christine Barras est monté à bord du bateau scientifique L'Europe en avril 2021.
Depuis plusieurs années, la Méditerranée inspire les projets de recherche de l’Université d’Angers. Après Meryem Mojtahid, qui a travaillé sur les défis climatiques, Maxime Pontié, qui s’intéresse à sa dépollution, c’est au tour de Christine Barras de se pencher sur la question.

Son projet Impec a été financé une première fois par l’OFB en 2020 à hauteur de 124 000 euros pour trouver des outils qui évaluent la qualité des écosystèmes profonds en lien avec le chalutage. Il a bénéficié d’un nouveau financement de 120 000 euros en décembre 2025 pour trois ans.

« Au large de la Méditerranée, le chalutage a un impact majeur, affirme Christine Barras. Cette méthode de pêche existe depuis le XIVe siècle et a connu une forte croissance avec l’industrialisation à la fin du XIXe. Les données de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) permettent de connaître les déplacements des bateaux, et donc d’avoir une estimation de l’abrasion, c’est-à-dire de la perturbation du milieu. Mais on ne sait pas comment les faunes réagissent car c’est une zone plus difficile d’accès que la côte, et plus grande aussi. »

L’importance des foraminifères

Un chalutier est équipé de deux panneaux en métal à l’avant qui pénètrent de manière profonde dans le sédiment. Quand le bateau avance, les panneaux s’écartent et les faunes vivants en surface du sédiment (macrofaune, méiofaune, méga-épifaune) et les poissons se retrouvent piégés dans le filet, appelé aussi chalut. Cette façon de pêcher entraîne une hausse de la mortalité chez les organismes de grande taille ou peu mobiles, et perturbe aussi le sédiment de manière indirect (mélange du sédiment, pénétration de l’oxygène plus en profondeur, accélération de la minéralisation de la matière organique).

« Cette pêche n’est pas un loisir, elle sert à nourrir la population, rappelle Christine Barras, qui a soutenu sa thèse à l’UA en 2008. Il faut cependant trouver un équilibre entre la préservation de l’environnement et la réponse à un besoin économique. On estime qu’entre 89 et 96 % de la surface des habitats étudiés sont dégradés, modifiés voire perdus dans le golfe du Lion. »


Le Pagure est le chariot équipé de caméras qui permet de faire de la photo et vidéo des fonds marins.
Christine Barras est ainsi montée à bord de L’Europe en avril 2021 pour une mission océanigraphique de 21 jours, financée par la flotte océanique française, aux côtés de technicien∙nes, chercheur∙es et ingénieur∙es des partenaires du projet (voir encadré). Ils et elles ont échantillonné deux zones d’études à 80 et 100 mètres de profondeur à l’aide d’un chariot équipé de caméras, de carottiers, et d’une benne à sédiments pour observer les faunes et les foraminifères. Ces petits organismes unicellulaires, préservés dans le sédiment, permettent d’étudier l’évolution des conditions environnementales, avant que la pêche ne s’intensifie.

Ces indicateurs, en fournissant des informations sur leur sensibilité à la pression du chalutage, pourraient être pertinents pour la surveillance des habitats marins profonds. « On doit encore étudier les échantillons de la deuxième zone et faire des analyses statistiques pour comparer nos données et valider certaines hypothèses. D’autres chercheur∙es du LPG et des laboratoires partenaires vont aussi s’intéresser à la géochimie du sédiment, à sa granulométrie et vont étudier l’ADN environnemental. Ces résultats serviront à conseiller l’OFB sur la manière de faire un suivi de l’état de santé du plateau continental au regard de l’impact de la pêche. » 

Les partenaires du projet Impec :

  • L’unité mixte de recherche CNRS Lecob (Laboratoire d’écogéochimie des environnements benthiques) de Sorbonne Université,
  • L’unité mixte de recherche CNRS Ifremer IRD Marbec (Marine, Biodiversity, Exploitation and Conservation) de l’Université de Montpellier.
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