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Quel usage et partage de l’eau pour une agriculture ligérienne résiliente ?

Maîtresse de conférences en économie au Granem, Marianne Lefebvre co-porte une chaire Territoire d'avenir, un nouveau dispositif de la Région Pays de la Loire. Le projet Lab'EAUX (Laboratoire d’expérimentation pour une gestion résiliente des eaux à usage agricole) est financé à hauteur de 599 750 € pour cinq ans.


Marianne Lefebvre.
Alors que les ressources en eau renouvelable ont baissé de 14 % en France entre la période 1990-2001 et 2002-2018, les surfaces irrigables ont augmenté de 23 % entre 2010 et 2020 en Pays de la Loire. Une question se pose alors : comment adapter l’agriculture ligérienne aux changements climatiques et notamment la baisse de la disponibilité de l’eau pour l’irrigation ?

C’est tout l’enjeu du projet Lab’EAUX, co-porté par Marianne Lefebvre et Emmanuel Mousset (CNRS). « Face à une agriculture fortement dépendante de l’irrigation et qui subit des injonctions contradictoires, ce projet propose de concevoir et d'évaluer des dispositifs techniques et organisationnels visant la sobriété et l’optimisation de l’usage de l’eau pour une agriculture résiliente, indique la chercheuse. Le but est de fournir des résultats utiles aux décideurs publics et privés de la Région et de rendre visible la recherche ligérienne. »

Une BD pour valoriser les travaux

Deux dispositifs seront étudiés à partir de janvier 2026 : un premier pour repenser le partage de l’eau agricole (quelles règles de partage de l’eau entre irrigants ? quels effets sur les pratiques d’irrigation et plus généralement les pratiques agricoles ?) et un second visant à diversifier les sources d’accès à l’eau via la réutilisation des eaux usées traitées.

Ce projet offre des défis méthodologiques communs aux deux disciplines représentées dans le projet - l’économie et le génie des procédés - puisque l’expérimentation est au cœur du projet avec des dispositifs techniques (de nouveaux procédés de traitement des eaux usées pouvant être utilisées pour l’irrigation) et organisationnels, pour comprendre les préférences de différentes parties prenantes pour des nouvelles règles de partage de l’eau.

Deux terrains d’expérimentation ont été retenus : les irrigants des bassins versants du Maine-et-Loire et l’île de Noirmoutier. « Nous allons mobiliser au-delà des producteurs agricoles, tels que les acteurs de la gestion de l’eau (gestionnaires de stations d’épuration, syndicats de bassin) et de l’alimentation (animateurs de projets alimentaires territoriaux, associations de consommateurs). »

Les chercheur∙es vont pour cela devoir composer avec la réglementation des politiques agricoles, alimentaires, et de l’eau, dont la déclinaison locale entraîne parfois des incohérences. « La co-conception avec les parties prenantes et l’expérimentation socio-économique sont importantes avant de modifier les dispositions en vigueur. Ce sont des outils au service d’une gouvernance de l’eau efficace. Le recours à la modélisation en complément permettra de porter une attention aux mécanismes sous-jacents, et d’être vigilant au changement d’échelle, afin de garantir que les résultats expérimentaux resteront pertinents lorsqu’ils seront déployés auprès de populations plus larges. »

Enfin, côté valorisation grand public, un projet de BD en partenariat avec l’Atelier Kawa est prévu, de même qu’une conférence théâtralisée pour débattre des enjeux du partage de l’eau.

Les partenaires

Via le financement du projet Behave par le dispositif régional Étoiles montantes en 2022, Marianne Lefebvre et Pauline Pedehour, maîtresse de conférences en sciences économiques à l’UA, ont pu développer un réseau de partenaires non académiques indispensables pour conduire des recherches utiles au territoire.

Outre des chercheur∙es de l’UA, du CNRS, de l’Université de Nantes et de l’Inrae, Lab’EAUx mobilise ainsi la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, le parc naturel régional Loire Anjou Touraine, Vegepolys Valley, la communauté de communes de Noirmoutier et l’association de drainage et d’irrigation de Noirmoutier. Ils vont être associés à la conception des innovations dans une approche de type « laboratoire vivant ».

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