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Séparés par des virgules

Un film qui explore les liens entre les hommes et leurs paysages

Maître de conférences en géographie à l’UA, Mustapha El Hannani a réalisé un documentaire sur les paysages singuliers du nord du Sénégal. Le film « Les mares du Fouta, l’autre(s) paysage(s) de l’eau » donne la parole à celles et ceux qui vivent la récente évolution de leur environnement, conséquence de différentes réformes agraires.

Un extrait du film « Les mares du Fouta ».
Un extrait du film « Les mares du Fouta ».
Situé au nord du Sénégal et au sud de la Mauritanie, l’ex-royaume du Fouta-Toro est traversé par le fleuve Sénégal, qui marque la frontière entre les deux pays. Sur les hauteurs, un plateau (Diéri), « désertique » à la saison sèche, offre le reste de l’année des pâturages aux troupeaux des populations peules, des semi-nomades qui pratiquent la transhumance. En bas, des terres cultivées dans la partie inondée par les crues annuelles du fleuve (Walo). Et, partout, des mares. « Celles du plateau sont alimentées par la pluie, précise Mustapha El Hannani, tandis que celles du Walo sont alimentées par la pluie et les crues. C’est vraiment un paysage à part. Et la vie tourne autour de ces mares, c’est un lieu de vie au sens large. Quand vous avez des arbres, c’est qu’il y a une mare. Et quand il y a une mare, on peut être certain qu’il y a un village à proximité ».

Spécialiste des paysages et des environnements qui vont avec, Mustapha El Hannani a découvert cette partie du monde en 2018, dans le cadre d’un projet, soutenu par l’Agence nationale de la recherche, EcoSen, qui avait pour ambition d’étudier les liens entre la poésie peule et l’environnement dans la vallée du fleuve Sénégal. « Quand j’ai vu pour la première fois ces paysages, je me suis dit que c’était vraiment particulier. Et qu’il y avait peut-être matière à en faire un film ».

« L’empathie des gens envers leurs paysages »

Mustapha El Hannani.
Mustapha El Hannani.
À son retour, l’enseignant-chercheur en géographie, membre de l’unité ESO, sollicite les services audiovisuels de l’Université d’Angers. En 2019, puis en 2020, un audiovisualiste, Pascal Dubès se joint au voyage pour réaliser des plans et modélisations au drone, mais aussi des interviews. « Nous n’avons rien scénarisé en amont. C’est en partant des constations de terrain et des rencontres que nous avons commencé à construire le documentaire ». Après le Covid, un autre séjour, financé dans le cadre du projet IRN ZHOST, porté par Aude-Nuscia Taïbi (ESO-Angers), a permis de compléter les prises de vue en 2022.

Le résultat, fruit du travail de montage réalisé en partenariat avec Manuel Rouger, prend la forme d’un film de près d’une demi-heure. Il donne à voir les lieux, mais surtout « l’attachement et l’empathie des gens envers leurs paysages ». D’autant que ceux-ci évoluent.

À partir de la colonisation et ces dernières décennies, les réformes agraires se sont multipliées. « Depuis 10-15 ans, les changements s’accélèrent, constate Mustapha El Hannani. On fait des réformes agraires, mais je me suis toujours demandé comment cela était vécu par les populations concernées. C’est l’ambition du film : voilà, ici, ce que devient le paysage et comment cela est vécu par les gens qui les subissent ».

Le documentaire a été projeté au Sénégal, auprès des populations locales, ainsi que lors du 50e Congrès national des Sociétés historiques et scientifiques (CTHS) qui a eu lieu à Aubervilliers, du 18 au 22 mai 2026. Il est librement accessible en ligne sur la plateforme Canal U.

Regarder le documentaire « Les mares du Fouta, l’autre(s) paysage(s) de l’eau »

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