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« Aujourd’hui, on peut être universitaire, docteur et chef d'entreprise »
Florian Bernard, est neurochirurgien au CHU, maître de conférences à l'Université d'Angers, et directeur scientifique d'Akivi, une plateforme d'apprentissage digital dédiée à l'anatomie humaine.

Florian Bernard.À 37 ans, Florian Bernard incarne une petite révolution pour l’université. Neurochirurgien au CHU d’Angers, maître de conférences et, depuis septembre 2026, professeur d’anatomie, le Normand d’origine, gaucher et triathlète, a su transformer ses propres difficultés d’étudiant en une success-story numérique et entrepreneuriale. Son nom : Akivi pour Anatomical Knowledge in Virtual Immersion.
Son parcours est aussi celui d'une ambition : moderniser l’anatomie, discipline séculaire, la « mère de la médecine », comme il la désigne aujourd’hui, sans en trahir les valeurs fondamentales. Mais, derrière cette réussite individuelle, se cache la force d'un collectif et d'un dispositif d'accompagnement universitaire : le dispositif Prédict.
Du tableau noir à l'immersion digitale
Tout commence sur les bancs de la faculté. Florian Bernard se souvient aujourd’hui de ses difficultés à apprendre l’anatomie, une discipline transmise depuis deux siècles dans une tradition de « tableau noir et de craie ». Dans ce monde de « compagnonnage » où le professeur dessine le corps humain sous les yeux des étudiants, il comprend vite que les méthodes peuvent évoluer pour ne pas « se prendre un mur », chaque année, face à une génération d’étudiants biberonnée à YouTube.
En 2017, passé de l’autre côté du pupitre, il imagine l'outil qu’il aurait aimé avoir lorsqu’il était étudiant : une plateforme capable de marier le savoir-faire anatomique et les outils digitaux pour permettre de réviser partout, tout le temps. C’est ainsi que naît Akivi, une application traduite en anglais, téléchargée depuis 2022 plus de 35 000 fois, riche de 500 fiches cliniques, 1800 QCM, avec des partenariats avec 23 universités en France, et Stanford aux États-Unis.
Florian Bernard est formel : « Akivi, ce n’est pas ma réussite mais celle de tout un écosystème. Je n'aurais jamais pu réussir ailleurs, et sans toutes celles et ceux qui m’ont accompagné », insiste-t-il. Dès les premiers pas du projet, l’Université d’Angers (UA) joue en effet un rôle crucial de catalyseur avec, à chaque étape, la volonté de transformer l’intuition de laboratoire en une start-up viable. Le soutien immédiat de figures comme le professeur Annweiler, le doyen Lerolle et Stéphane Amiard, alors vice-président en charge du numérique, lui permettent de lancer la phase de maturation. L'aspect technique étant solidifié grâce à la cellule audiovisuelle de l’UA, avec Cyril Royer qui deviendra son associé.
Le parcours d’Akivi est ensuite balisé par des étapes de validation rigoureuses : un passage par le service d'innovation pédagogique de l'UA, le Lab'UA, pendant un an, pour réaliser une preuve de concept (POC), puis une audition par la Satt Ouest Valorisation. S’ensuit une première levée de fonds. Un parcours qui se poursuit aujourd’hui grâce à une bourse européenne Feder en vue notamment d’intégrer l’intelligence artificielle à l’application, et de personnaliser davantage les parcours d’apprentissage.
Prédict : le guichet de l'innovation et du succès
Au cœur de cette dynamique d’innovation, le dispositif Prédict apparaît comme la clé de voûte de l'accompagnement. Aux yeux de Florian Bernard c’est une volonté claire de l’université « d’être vecteur d’actions ». Un dispositif capable de détecter les potentiels de croissance, « là où d'autres ne verraient que des projets de recherche isolés », de faire jouer le collectif, « en offrant une voie de passage aux chercheurs-entrepreneurs », et d’accompagner la montée en gamme technologique (le fameux TRL - Technology Readiness Level) afin de concilier « rigueur scientifique et viabilité économique ».
Cette structure de soutien lui a permis à chaque étape d’éviter les pièges et de déjouer les pronostics de ses pairs qui lui assuraient au début de sa carrière, qu’on ne pouvait pas être à la fois « universitaire, docteur et chef d’entreprise ». Aujourd'hui, Florian Bernard prouve tout l’inverse. « Avec Akivi, je ne trahis pas les valeurs de la médecine ni celles de l’enseignement. Au contraire, c’est une autre façon d’exercer. C’est très complémentaire », insiste-t-il.
Un message pour la nouvelle génération
Son aventure démontre que l'innovation peut être désormais un levier de carrière majeur pour les jeunes générations. « Je pense, et j’espère, qu'il y aura de plus en plus de jeunes médecins, paramédicaux, à se lancer, souligne Florian Bernard. Car c’est une vraie opportunité de carrière. »
L'enjeu n’étant pas tant finalement, selon le docteur-chercheur-entrepreneur, d’avoir « la bonne idée », mais de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Celles capables d’apporter un regard bienveillant, de faire confiance et faire avancer… « Quand on innove, souligne-t-il, on a surtout besoin de mains tendues ». Tout ce dont il a bénéficié à chaque étape de son parcours grâce à Prédict.
