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Ulcère de Buruli : de nouvelles pistes pour diagnostiquer la maladie

Des chercheurs du Centre de recherche en cancérologie et immunologie Nantes-Angers (CRCINA) se sont penchés sur les rares cas de guérison spontanée de l’ulcère de Buruli afin de mieux en comprendre les mécanismes impliqués dans cette maladie tropicale négligée. Leurs résultats publiés dans Science Advances s’accompagnent d’un dépôt de brevet, ouvrant de nouvelles pistes pour la mise en place d’outils diagnostics.

Il a été décrit pour la première fois en 1948 en Australie puis en en Ouganda. Mais l'ulcère de Buruli, classé comme « maladie tropicale négligée » par l'OMS, garde ses zones d’ombres. On sait qu'une mycobactérie, Mycobacterium ulcerans, proche de celles responsables de la tuberculose et de la lèpre, est à l'origine de l'infection nécrosante qui s'attaque à la peau et aux tissus mous, laissant de grandes surfaces de chair béantes, jusqu’à l’os. Cette bactérie produit une toxine appelée mycolactone qui détruit les cellules cutanées et empêche le système immunitaire de répondre efficacement à cette attaque entraînant la propagation des ulcérations à la surface des membres.

À la fois invalidant et stigmatisant, l’ulcère de Buruli atteint particulièrement les enfants et les adolescents. Il touche entre 5 à 10 000 personnes par an, dont 90 % en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Pour lutter contre cette maladie, on dispose d’un très faible arsenal diagnostique et thérapeutique. Un traitement à bases d’antibiotiques est efficace si la maladie est diagnostiquée rapidement, ce qui n’est pas encore possible dans la majorité des cas

Dans le cadre d’une étude publiée dans Science Advances, une équipe de recherche dirigée par la chercheuse angevine Inserm Estelle Marion au sein de l'équipe Aomyca du Centre de recherche en cancérologie et immunologie Nantes-Angers (Inserm/Université de Nantes/Université d’Angers/CNRS) s’est intéressée, à travers des expériences sur des souris, aux cas de guérison spontanée observés chez environ 5 % des patients infectés.

Réponse immunitaire locale

Jusqu’ici les études sur l’ulcère de Buruli se concentraient sur la réponse immunitaire au niveau de tout l’organisme. De récentes études sur les tissus cutanés ont révélé que l’infection par Mycobacterium ulcerans entraîne l’agrégation de cellules immunitaires, les lymphocytes B, autour des zones infectées. Les chercheurs du CRCINA ont décidé de se pencher sur la réponse immunitaire locale, au niveau du site infecté par la bactérie.

L’infection par Mycobacterium ulcerans entraîne l’agrégation de cellules immunitaires, les lymphocytes B, autour des zones infectées. Ici, marquage en fluorescence, d'une coupe de rate de souris, qui permet d’identifier des Lymphocytes B (bleu) et deux sous-populations de Lymphocytes T (vert et rouge). Crédits : CIML/INSERM/CNRS/Mailfert Sébastien/Chasson Lionel
L’infection par Mycobacterium ulcerans entraîne l’agrégation de cellules immunitaires, les lymphocytes B, autour des zones infectées. Ici, marquage en fluorescence, d'une coupe de rate de souris, qui permet d’identifier des Lymphocytes B (bleu) et deux sous-populations de Lymphocytes T (vert et rouge). Crédits : CIML/INSERM/CNRS/Mailfert Sébastien/Chasson Lionel
Les lymphocytes B produisent une famille d’anticorps appelés immunoglobulines (Ig). Les sous-groupes les plus importants sont les IgA, que l’on retrouve principalement dans les muqueuses et l’épiderme, les IgM, présentes à la surface des lymphocytes et dont un nombre élevé est synonyme d’une infection en cours et, enfin, les IgG, les plus nombreuses, circulant avant tout dans le sang et servant à éliminer les corps étrangers qui y naviguent.

Dans le cadre de leurs travaux financés par la Fondation Raoul-Follereau, l'ANR, la Région Pays de la Loire, l’Université d'Angers et l'Inserm (programme ATIP-Avenir), les chercheurs ont travaillé avec deux types de souris dont l’un ayant la capacité de guérir spontanément d’une infection par Mycobacterium ulcerans. Ils se sont d’abord intéressés à la réaction immunitaire lors de l’infection, y compris durant le processus de guérison spontanée, en analysant des échantillons cutanés à proximité du site infecté

Vers une piste de diagnostic

Chez les deux types de souris, le taux d’immunoglobulines cutané croit au cours de l’infection, mais pas dans les mêmes proportions. Chez la souris incapable de guérir, les IgM sont majoritairement présentes, alors que chez la souris capable de guérir ce sont les IgG.

Les chercheurs ont ensuite découvert que seules les souris qui guérissent produisent un sous-type d’IgG bien particulier, les IgG2a, capables de neutraliser l’action de la toxine, la mycolactone. L’équipe de recherche a par ailleurs retrouvé la présence de ces anticorps capables de se lier à la mycolactone dans les tissus des patients infectés par la bactérie.

« Cette étude suggère pour la première fois que l’organisme pourrait répondre efficacement à une infection de Mycobacterium ulcerans grâce à la production d’anticorps capables de reconnaître et neutraliser la toxine sécrétée par la mycobactérie. Même si elles sont encore lointaines, ces travaux offrent de nouvelles pistes diagnostiques », conclut la chercheuse Inserm Estelle Marion, qui a dirigé cette étude.

La découverte a fait l’objet d’un dépôt de brevet. En accord avec les priorités de l’OMS, l’équipe envisage désormais le développement d’un test diagnostique rapide et simple, de type bandelette, basé sur la détection d’anticorps reconnaissant la mycolactone, et témoignant donc d’une infection à Mycobacterium uclerans.

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