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Séparés par des virgules

Cours à distance : « Ça se passe bien », « on s’adapte »

Depuis la fermeture des universités, l’UA est mobilisée pour assurer à distance la continuité de ses formations. Après deux semaines, les étudiants comme les enseignants semblent s’être rapidement adaptés. Témoignages.

Éva suit ses cours dans la maison familiale
Éva suit ses cours dans la maison familiale
Le quotidien d’Éva a changé le 13 mars. Au lendemain de la déclaration présidentielle annonçant la fermeture des établissements d’enseignement, l’étudiante en 1re année de licence Tourisme et loisirs à l’UFR Esthua a quitté sa résidence universitaire pour revenir vivre chez ses parents, à Chalonnes-sur-Loire. Elle suit depuis sa formation à distance.

La plupart des enseignants ont déposé leurs cours sur la plateforme d’apprentissage Moodle. « Ça se passe bien. J’arrive bien à travailler toute seule, et j’aime autant avoir les cours à l’écrit, confie la jeune femme. Et puis, on peut toujours contacter le professeur par mail en cas de difficulté, ou demander aux autres étudiants. On s’entraide. On a même des travaux de groupes à faire. Donc dans ce cas-là, on se fait des appels vidéo entre nous ».

Quelques cours comme la comptabilité ou la connaissance des entreprises sont assurés aux horaires habituels, non pas en présentiel mais en classe virtuelle grâce à Adobe Connect. Le téléphone fonctionne aussi : « J’ai passé un oral de chinois au téléphone ! La professeure nous avait donné chacun un horaire pour qu’on l’appelle, et ça s’est bien passé ».

Travailler en short

Comme Éva, Jean, élève en 1re année à l’école d’ingénieurs Polytech Angers a trouvé son rythme. Confiné dans la maison parentale à Avrillé, il travaille sérieusement, « en short et en pull, confesse-t-il. Je ne fais pas trop d’effort pour m'habiller, sauf quand on a des cours en visio ».

Les travaux dirigés de Jean se sont organisés sur la plateforme Teams de Microsoft, par écrit ou par visio, suivant l’emploi du temps habituel. « À part le fait qu’on n’a pas le prof IRL [comprenez « en chair et en os »], ça ne change rien. On commence même à avoir des contrôles. L’enseignant dépose le devoir sur Moodle et on a un temps imparti pour lui rendre notre copie ». Là-aussi, l’entraide entre étudiants joue à plein : « On a créé un groupe sur Discord, avec toute ma promotion. On peut s’envoyer des exercices ou des corrections ».

Étudiante en master 1 Droit public, Bréhatine, 22 ans, a l’habitude de travailler en autonomie. Elle a découvert Moodle, jusqu’ici peu utilisée dans sa filière. « Ça va, on s’adapte, c’est facile d’utilisation ». Réfugiée à Nantes, chez ses parents, elle s’est construit un emploi du temps. « Bizarrement, j’ai l’impression de travailler encore plus », explique cette championne d’aviron qui dispose en temps normal d’une dispense d’assiduité au titre des sportifs de haut niveau. « Je garde du temps pour maintenir un entraînement assidu à côté, grâce au rameur que m'a prêté mon club ».

Des outils « robustes » au service des enseignants

Du côté des enseignants, les habitudes aussi ont changé. « Dès le vendredi suivant l’annonce d’Emmanuel Macron, nous avons commencé à préparer le basculement, explique Frédéric Guegnard, chef du département Génie électrique et informatique industrielle de l’IUT. Dès le mardi, nous avons pu envoyer un programme aux étudiants, avec une partie de leur travail à faire tout au long de la semaine, qu’ils peuvent télécharger quand ils le souhaitent. On a été attentif à cela : penser qu’ils ne disposaient peut-être pas toute la journée d’un ordinateur ou d’une connexion internet stable ». Seuls quelques travaux pratiques spécifiques ou travaux dirigés sont retransmis en direct sur des créneaux planifiés.

« Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur des outils comme Moodle ou la plateforme vidéo Panopto qui sont stables, robustes car déjà en fonctionnement avant et éprouvés de manière massive », se félicite Damien Picard, maître de conférences en biologie animale, responsable des 60 étudiants du parcours Biologie des organismes et des populations de la licence Sciences de la vie et de la terre. La nouvelle configuration requiert cependant un sens de l’adaptation. « Il me restait quelques cours à assurer et je vais les faire avec les outils à ma disposition, poursuit-il, depuis son salon. J’avais des oraux à organiser, mais le micro de mon ordinateur est tombé en panne… Donc je demande aux étudiants de produire un diaporama commenté, et après on en échange avec eux via un forum écrit. On s’adapte à chaque exercice, et on trouve une solution ! »

1 commentaire(s)

  • Commentaire de Allory V. posté le 1 août 2020 à 16:09

    Où sont les corps, Yann Diener, 27 mai 2020.

    Suite à la question posée la semaine dernière : où sont passés les corps ? Depuis plus de deux mois, nous sommes très nombreux à utiliser des applications de visioconférence pour faire des réunions de travail, avec l'illusion d'être ensemble, de nous voir et de nous parler. Au passage, nous contribuons largement à la pollution énergétique due à l'Internet. Et puis nous nous habituons tranquillement à ne plus distinguer la parole de la communication. Car ces outils nous permettent seulement de faire circuler nos images et nos voix de synthèse. Il y a bien plus de corps lorsque nous parlons simplement au téléphone, parce qu' « en visio » comme on dit maintenant, les images scintillantes effacent les corps.

    Pendant que ces images brillent sur nos écrans et dans nos yeux, où se trouvent les corps humains ? Contraitement aux apparences, ils ne sont pas confortablement installés dans le salon ou dans la chambre transformée en bureau de télétravail. Un peu partout sur la planète, les corps sont bel et bien industrialisés, taylorisés, ubérisés. Ils sont rejetés, masqués, bâchés, plastifiés, poubellisés, voilés, piégés, abîmés. (Et toujours : érotisés).

    Dans la constitution d'un sujet parlant, il y a un moment important, que Lacan a nommé le « stade du miroir ». L'image du corps s'assemble à partir d'images qui sont d'abord morcelées, puis qui s'unifient au cours de l'expérience du miroir, quand quelqu'un dit à l'enfant : « C'est toi, c'est ton image. » Sinon, l'image du corps reste morcelée, et peut éclater dans les moments de décompensation : quand le symbolique, l'imaginaire et le réel se dénouent, on peut être envahi de bouts d'images du corps qui se baladent, désarrimés, comme dans les cauchemars ou dans les hallucinations.

    Les images sur Zoom ou sur Skype sont l'inverse de l'image constitutive dans le miroir : elles morcellent, dispersent, démultiplient nos images du corps - et contribuent à ravaler la parole à des éléments de communication, des informations binaires qui peuvent être traitées par nos machines : des bits. Ca n'est plus notre corps qui est en jeu, ça n'est pas une image narcissique subjectivée, c'est une image décomposée et recomposée, codée, décodée et recodée par nos chers algorithmes.

    Les corps petits et grands sont scannées, évalués, mesurés, monnayés, trafiqués. (Et toujours : agités, sexualisés, excités). Pendant que se déroulent par millions ces fausses réunions sur Zoom ou Skype, nos corps sont améliorés, augementés, greffés, réparés, marchandisés, loués pour fabriquer des bébés. Ils sont télévisés, cryptés, décryptés, googlisés. (Et toujours : élevés, alimentés, étouffés, noyés, incinérés ou enterrés).

    Le terme « avatar », qui s'est imposé dans le monde des jeux vidéo, nous signale que la dématérialisation généralisée confine à la religion : dans l'hindouisme, le terme « avatar », qui vient du saskrit, signifie « descente » et désigne les diverses incarnations du dieu Vishnou. Relisons L'Avenir d'une illusion, le livre que Freud a publié en 1927, et qui n'a pas pris une ride. Freud parle d'illusion à propos de la religion, mais on peut relire le texte en remplaçant le terme « religion » par « informatique » ou « Internet » : ça fonctionne très bien.

    Les corps lâchent !

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Répondre aux besoins

« La priorité de l’UA a été d’assurer la majorité des enseignements à distance, les enseignants pouvant faire appel aux compétences et aux conseils du Lab’UA en matière d’ingénierie pédagogique, indique Sabine Mallet, vice-présidente de l’UA en charge de la Formation et de la vie universitaire. L’essentiel est que chaque étudiant·e puisse suivre ses enseignements dans les meilleures conditions, compte tenu de cette crise sanitaire ». L’établissement a pu s’appuyer sur l’expérience acquise ces dernières années en matière d’innovation pédagogique. Mais il doit répondre à la problématique des étudiants privés d’ordinateur ou d’accès à Internet, et accompagner les publics en situation de handicap.

Quid des examens ?

« La problématique des évaluations va venir dans un second temps. Nous savons que cette question inquiète fortement les étudiant.e.s. Mais tant que nous n’avons pas fait le point sur les enseignements qui peuvent être assurés à distance, ni sur le nombre d’étudiants en difficulté du fait d'un manque d’ordinateur, de connexion ou toute autre difficulté dans leurs nouvelles conditions d'études (nous demandons à tous les étudiants dans ces situations de se signaler à leur responsable de formation), nous ne pouvons pas prendre de décisions. Certains contrôles continus ont pu être mis en place à distance, et les équipes pédagogiques travaillent pour pouvoir indiquer dès que possible les nouvelles modalités de contrôles de connaissance ». Une seule certitude : le calendrier initial ne sera pas tenu.

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