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Politique et culture de la célébrité

Professeur de science politique à l’UA, François Hourmant cosigne le livre Selfies et stars, Politique et culture de la célébrité en France et en Amérique du Nord, paru récemment. De Louise Michel à Emmanuel Macron, en passant par Justin Trudeau et Marine Le Pen, l’ouvrage collectif tente de comprendre comment la mise en avant des individualités a modifié le jeu politique.

Le 14 février 2020, Benjamin Griveaux renonçait à la campagne des municipales de Paris, quelques heures après la diffusion de vidéos intimes sur un site internet, relayée par les réseaux sociaux. À l’heure du numérique, les réputations se font et se défont rapidement. Y compris pour les hommes et les femmes politiques, « devenus des célébrités à part entière, pour le meilleur et pour le pire, observe François Hourmant, professeur de science politique à l’UA. Les hommes politiques sont en partie responsables de cela. Ils ont mis en scène leur couple, leurs enfants parfois, pour imposer une autre image d’eux-mêmes, sympathique, séduisante… Nous sommes là dans de la peopolisation promotionnelle : se mettre en avant dans des magazines grand public, des émissions de divertissement, pour mieux diffuser ses idées. Mais il y a un contrecoup à cela : la peopolisation non-voulue. Les politiques peuvent être traqués par les paparazzi comme n’importe quelles stars. Longtemps, le mur de leur vie privée a été préservé. Mais nous avons assisté à la fin d’un tabou avec la couverture de Closer révélant la liaison du président François Hollande avec Julie Gayet ».

Le glissement vers la célébrité des acteurs politiques ne date pas d’hier, comme le montre le livre codirigé par François Hourmant, et deux professeurs en science de l’information et de la communication, Mireille Lalancette (Université du Québec) et Pierre Leroux (UCO). Leur ouvrage, issu d’un atelier organisé en 2016 lors du congrès de la Société québécoise de science politique, distingue trois périodes

Du papier au numérique

La première est celle de la « renommée et de la célébrité de papier ». « Cette célébrité se construit dans le temps, et n’intervient parfois qu’à titre posthume ». La Communarde Louise Michel (1830-1905) est citée en exemple de ce temps long nécessaire à la reconnaissance.

Le deuxième âge est celui de la « Popularité et de la célébrité médiatique », qui débute plus au moins avec l’émergence de la TV. « L’archétype, c’est John Kennedy et la construction d’une célébrité médiatique qui joue sur le glamour, sa femme Jackie… La période correspond aussi à l’entrée en fonction des conseillers en image et en communication, et, à la montée en puissance de l’individualisation, de la personnalisation de la vie politique au détriment des partis, explique François Hourmant, chercheur du Centre Jean Bodin. Ce phénomène lancé aux États-Unis va essaimer en Europe ». La célébrité s’acquiert plus rapidement, parfois en s’appuyant sur celle d’artistes qui les soutiennent, d’authentiques stars. « C’est le début de la peopolisation ». Les sondages, les cotes de popularité prennent de l’importance. « On passe d’une démocratie de partis à une démocratie de l’opinion ».

L’avènement des chaînes d’info en continu, des réseaux sociaux, le développement des smartphones capables de tout filmer marquent l’entrée dans une troisième ère, celle de la « visibilité et de la célébrité numérique ». « Au XIXe siècle, la célébrité venait couronner une trajectoire, note François Hourmant. Aujourd’hui, elle est un outil, un instrument pour accéder à la visibilité, et donc à l’existence politique ». Justin Trudeau illustre ce phénomène. Le Premier ministre canadien est un grand adepte des selfies, ou « égoportraits comme disent les Québécois. Il en a fait un instrument de promotion, de diffusion de ses idées grâce aux relais sur les réseaux sociaux. Il en a aussi fait une sorte d’identité numérique, qui fait de lui un homme politique dans l’air du temps, branché ». Et le distingue de son père, l’ancien Premier ministre Pierre-Elliott Trudeau, « le Kennedy canadien », figure d’une autre époque.
 

Rencontre
Le livre Selfies et stars sera présenté par ses auteurs à l'UCO (3, place André-Leroy à Angers) le jeudi 26 mars 2020, à 18 h.

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Pratique

Selfies et stars, Politique et culture de la célébrité en France et en Amérique du Nord,
de François Hourmant, Mireille Lalancette et Pierre Leroux,
est paru en novembre 2019,
aux PUR (avec le soutien de l'UA),
dans la collection Res Publica.

202 pages.

Prix : 28 €

N°ISBN : 978-2-7535-7813-5

Voir la présentation du livre sur le site de l’éditeur

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