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L’autoroute, objet de recherches de Strada

Le programme de recherche Strada (Sciences et transdisciplinarité autour des autoroutes) questionne de manière interdisciplinaire l’univers autoroutier, ses représentations, ses impacts, sa sociologie… Un premier colloque sur « l’autoroute et le développement durable » a eu lieu le 7 novembre 2019 à la Faculté de droit, d’économie et de gestion. Membres du Centre Jean Bodin, François Hourmant, professeur en science politique, et Fabien Tesson, maître de conférences en droit public, pilotent ce projet.

Pourquoi avoir choisi de travailler sur l’autoroute ?

François Hourmant : C’est parti d’un livre Les autonautes de la cosmoroute, de l’Argentin Julio Cortázar et de sa compagne, la Canadienne Carold Dunlop. Ensemble, en 1982, ils ont entrepris un voyage de Paris à Marseille, par l’A6, en s’arrêtant sur toutes les aires d’autoroute, à raison de deux maximum par jour. Ils ont mis 32 jours à atteindre leur destination, en tenant le journal de leurs pérégrinations. J’en ai parlé avec Fabien Tesson…

Fabien Tesson : Il se trouve que, m’intéressant au droit économique, j’ai un peu travaillé sur les autoroutes durant mes études, autour desquelles de nombreuses notions juridiques entrent en jeu… De fil en aiguille, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait de la matière autour des autoroutes en géographie, en économie, mais que le reste des disciplines, comme la littérature, abordent peu les autoroutes, ou de manière souvent indirectes…

Le premier colloque du programme Strada a eu lieu le 7 novembre
Le premier colloque du programme Strada a eu lieu le 7 novembre
FH : On s’est dit qu’il y avait quelque chose à creuser. Nous avons eu envie d’approfondir cette question, d’interroger cet objet banal, qui fait partie de notre horizon quotidien, les représentations et les imaginaires qui lui sont associées, les valeurs et les croyances, les pratiques et les conduites rattachées à ce lieu si particulier. Et ce, de manière interdisciplinaire, ou « transdisciplinaire » comme le dit l’acronyme de notre projet.

Nous avons pour cela répondu à l’appel à projets Amorçage lancé par la MSH Ange-Guépin qui permet de soutenir des thématiques émergentes. Nous avons été retenus et avons pu constituer une première équipe autour de ce projet que nous avons réuni le 7 novembre, à l’occasion d’un premier colloque.

Une journée sur l’autoroute et le développement durable… Deux notions qui paraissent à première vue assez éloignées…

FT : Oui, c’était peut-être un brin provocateur, mais dans l’air du temps. Nous avions organisé la journée en deux temps, autour de deux questions : est-ce que ces deux objets sont antagonistes ? Ou bien conciliables ? Nous avons eu l’apport de plusieurs juristes, d’un géographe, d’un professeur d’économie, mais aussi les explications de Vinci autoroutes.

Outre le développement durable, le programme Strada s’articule autour de quatre autres axes.

FH : Le deuxième s’intitule « La carte et le territoire ». Il s’agit d’interroger à travers la géographie, mais aussi l’architecture, le génie civil, l’urbanisme, le droit, l’inscription territoriale de l’autoroute, ses aménagements, ses infrastructures… Le troisième porte sur l’autoroute dans l’histoire et la politique. Par exemple, les autoroutes ont été instrumentalisées par l’Italie fasciste. C’est aussi ici que nous pourrons parler des oppositions citoyennes. L’autoroute est aussi un lieu de cristallisation des imaginaires. Et cela constitue le quatrième axe qui s’intéressera à toutes les mythologies autoroutières : le progrès, la vitesse, la promesse de vacances au bout de l’asphalte… Enfin, nous avons choisi de dédier un axe à part entière aux aires d’autoroutes.

Le programme actuel prend fin avec cette année 2019. Quelles suites imaginez-vous ?

FT : Nous envisageons de poursuivre ces recherches - qui ne sont qu’une partie de nos travaux - en nous positionnant sur de nouveaux appels à projets.

FH : L’idée est d’aller un peu plus loin dans la maturation, pour nous positionner ensuite sur un projet plus ambitieux de niveau régional ou national. Pour cela, il nous faut pour l’instant continuer à renforcer l’équipe afin d’explorer davantage nos thèmes, et nouer des partenariats, à l’international notamment.

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