fr | en

Séparés par des virgules

Paludisme : le Sifcir en lutte contre les moustiques résistants

Le laboratoire Sifcir développe une solution pour éradiquer les moustiques devenus résistants aux insecticides. Une arme essentielle pour limiter la diffusion de certaines maladies. Un nouveau programme de maturation soutenu par la Satt Ouest Valorisation va bientôt débuter.

Paludisme, chikungunya, dengue, zika et autres fièvres… Près de 600 millions de cas de ces maladies sont recensés chaque année dans le monde. Point commun de ces infections souvent sévères : elles sont véhiculées par le moustique. Différentes stratégies de lutte contre l’insecte ont été déployées au cours des dernières décennies, pour tenter de limiter la diffusion des agents pathogènes. Mais elles se heurtent aujourd’hui à une difficulté : les moustiques sont devenus résistants aux insecticides classiquement recommandés par l’OMS. Le contrôle des maladies associées tend à régresser.

Bruno Lapied et Valérie Raymond dans les laboratoires du Sifcir
Bruno Lapied et Valérie Raymond dans les laboratoires du Sifcir
Membre du réseau international Win (Worldwilde Insecticide resistance Network) sur les moustiques résistants, le laboratoire angevin Sifcir (Signalisation fonctionnelle des canaux ioniques et récepteurs) cherche depuis plusieurs années à optimiser les traitements insecticides contre Anopheles gambiae, moustique agent du paludisme, et à contrer le développement des mécanismes de résistance.

Combinaison efficace

La solution la plus prometteuse a émergé en 2015 à la suite d’une thèse financée par la Direction générale de l’armement (DGA) et la Région Pays-de-la-Loire. Elle repose sur l’association de deux composés de familles chimiques différentes, à savoir un répulsif (IR3535) et un insecticide de type néonicotinoïde. « Nous utilisons des doses tellement faibles que pris séparément les deux composés n’auraient aucun effet sur les moustiques, explique le professeur de neurophysiologie Bruno Lapied. Mais mis ensemble, cela devient une “bombe”. Le répulsif agit comme agent synergisant, une mèche qui met le feu à la poudre. Il déclenche une chaîne de réactions cellulaires qui va rendre la cible beaucoup plus sensible à l’insecticide ».

Deux brevets ont été déposés à la suite de ces recherches, qui ont déjà fait l’objet de deux programmes de maturation financés par la Satt Ouest Valorisation. Le premier, en 2016, a été l’occasion de confirmer in vitro l’efficacité de la stratégie sur moustiques résistants. Le deuxième, qui s’est étendu de 2017 à 2019, a permis de préciser la cible : « On s’est rendu compte que l’association était très efficace sur des larves résistantes aux insecticides organophosphorés et de la famille des carbamates », constate Bruno Lapied, qui a coordonné les différents programmes de maturation.

Les larves visées

Un troisième programme de 18 mois, intitulé Synetri, va bientôt être lancé. « On a la preuve que cela fonctionne sur les neurones de moustiques in vitro. On doit maintenant essayer in vivo ». Objectif : « Aboutir à une formulation qui permette de traiter des gîtes larvaires ».

Il s’agira également de s’assurer de l’absence d’effets toxiques sur les milieux traités, en particulier les espèces aquatiques et les abeilles. « Cela s’inscrit dans la philosophie de notre laboratoire, insiste Valérie Raymond, directrice du Sifcir : tenir compte de l’environnement ».

Les travaux du Sifcir sont suivis par la Fondation Bill et Melinda Gates, investie dans la lutte contre les maladies qui touchent les pays pauvres, et notamment le paludisme.
 

Les champs suivis d'un astérisque * sont obligatoires

Scroll