fr | en

Séparés par des virgules

Pandémia : ce que révèlent les crises sanitaires

C’est un projet d’ampleur. Pandémia, lancé à l’Université d’Angers en juin 2020, convoque les sciences humaines et sociales afin d’identifier ce qu’il y a de nouveau dans l’actuelle crise sanitaire, et les mécanismes invariants que l’on retrouve dans chaque pandémie. Les explications du porteur du projet, François Hourmant, professeur de science politique au Centre Jean Bodin.

Comment est né le projet Pandémia ?

François Hourmant : J’ai commencé à y réfléchir au moment où s’est déclarée la crise en Chine, en entendant le discours officiel du régime communiste, triomphaliste et prométhéen, expliquant sa capacité à faire face à une épidémie, en y consacrant des moyens exceptionnels, comme l’a montré la construction d’un hôpital en quelques jours. Et, en même temps, transpirait une opacité sur la réalité sanitaire de l’épidémie. Tout cela se rapproche beaucoup des mécanismes de la propagande chinoise mise en place sous Mao au moment de la Révolution culturelle – que j’ai particulièrement étudiée - avec cette dimension essentielle : la Chine peut faire face seule, grâce à l’abnégation de sa population et la pensée de ses leaders. Et une dose de censure. Il y a une permanence des codes du discours.

Quand la crise est devenue mondiale, cela m’a intéressé sur le plan politique, d’observer notamment la disparité des réponses apportées par les gouvernements, de voir comment des leaders populistes ont été dans une forme de déni, avec un discours critique contre la science, les élites de la santé… En France, on a vu les volte-face du gouvernement sur plusieurs sujets, comme le port du masque. On a aussi pris conscience de la complexité de l’organisation sanitaire de notre pays.

Le projet a ensuite pris en forme en quelques semaines…

FH : J’ai d’abord lancé un appel auprès des chercheurs, doctorants et membres associés du Centre Jean Bodin, et très vite une douzaine de pistes de recherches sont apparues. Par exemple : la prise en compte des enjeux sanitaires et sociaux par les collectivités territoriales, la question des restrictions de libertés, l’importance du numérique et du déploiement massif du télétravail, du discours des autorités politiques ou ecclésiastiques dans les crises passées…

Le projet n’est pas focalisé sur la crise actuelle. Il cherche à mettre en perspective ce qu’il se passe actuellement avec les pandémies antérieures, comme la peste ou la grippe espagnole. Nous voulons ainsi quitter le présent et le court terme, pour porter un regard historique et anthropologique sur la pandémie. Qu’est-ce qui est neuf ? Qu’est-ce qui relève de pratiques anciennes - comme le confinement ? Ou de représentations pérennes - comme la revitalisation du discours complotiste en période de crise et la recherche de bouc-émissaire ?

Pandémia ne se restreint pas aux seules sciences politique et juridique…

FH : Non, j’ai voulu en faire un projet collectif et interdisciplinaire, en étendant le projet à d’autres sciences humaines et sociales. D’où la présence d’un cinquième axe, intitulé « Économie et sociétés » qui permettra d’appréhender les phénomènes économiques (les licenciements, la réponse des banques centrales, etc.) mais aussi les répercussions sociologiques, linguistiques (on a découvert le mot « cluster »), ou encore celles dans nos pratiques physiques avec le port du masque, par exemple, qui reconfigure le rapport à l’autre et nos identités sociales. Au-delà des sciences humaines et sociales, nous souhaiterions que des professionnels de la santé nous rejoignent, pour un regard croisé sur les épidémies.

Comment va se concrétiser le projet ?

FH : Au-delà des publications, nous organisons trois workshops d’ici octobre 2020, sur la santé et le travail à l’épreuve du Covid, sur l’économie et l’emploi… Le 19 novembre, une journée d’étude sur les droits et libertés est programmée, ainsi qu’un colloque organisé par Jean Fougerouse sur la gestion de la pandémie par les différents États en octobre 2021. Un cycle de conférences grand public se tiendra à l’Institut municipal en mars 2021, au même moment qu’une journée d’étude en histoire du droit animée par Anne Dobigny-Reverso et Joël Hautebert.

Tout au long de ces recherches, nous prévoyons d’alimenter une encyclopédie numérique, articulée autour de 100 à 150 mots clés qui permettront d’explorer des notions clés grâce à des notices de deux à trois pages à mi-chemin entre l’article scientifique et l’article de vulgarisation.
 

En savoir plus sur le projet Pandémia

Les champs suivis d'un astérisque * sont obligatoires

Cinq axes d’étude

Le projet Pandémia s’organise autour de cinq axes de recherche :

  • 1 - Institutions et gouvernance à l’épreuve du Covid
  • 2 - Travail, espace et santé
  • 3 - La révélation du numérique pendant la crise du Covid
  • 4 - Enjeux historiques, politiques et géopolitiques
  • 5 - Économie et sociétés

Voir le détail des cinq axes

Scroll