fr | en

Séparés par des virgules

Bondroit : « La perspective juridique du bonheur est aujourd’hui établie »

Le programme Bondroit qui interroge les liens entre bonheur et droit a tenu son colloque de clôture fin novembre 2019. Responsable du projet, Félicien Lemaire, professeur de droit public, dresse un premier bilan de ces 4 années d’activités scientifiques et évoque les perspectives.

Le 3e colloque international du programme Bondroit s’est tenu les 28 et 29 novembre 2019, à la Faculté de droit, d’économie et de gestion, sur le « Bonheur et le bien-être dans le droit des États ». Quel en était l’enjeu ?

Félicien Lemaire : En s’intéressant au droit constitutionnel et aux politiques publiques déployées par différents pays, il s’agissait de revenir à l’une des bases du projet, à une perspective juridique pour éclairer des notions : comment est envisagé le bonheur par les différents États ? Ces deux jours ont permis d’asseoir un certain nombre de données grâce aux analyses très précises qui ont été faites d’une douzaine d’États, comme la Russie, qui évoque le bien-être sanitaire et épidémiologique, ou la Guinée. Ici, la politique relative à la décentralisation est associée à la bonne gouvernance qui serait un des critères du bonheur… Le cas du Cameroun a rappelé qu’au-delà des mentions qui sont faites dans le cadre constitutionnel, notamment en matière d’éducation, l’important est aussi de mettre des moyens en face. Les mentions du bonheur sont récurrentes dans la constitution de Thaïlande, mais leur application dépendante du régime en place. Au Japon, la notion de bien-être est très présente, mais s’entend de manière collective.

Les intervenants du colloque qui s'est etnu les 28 et 29 novembre 2019
Les intervenants du colloque qui s'est etnu les 28 et 29 novembre 2019
C’est une ligne qui apparaît en filigrane : au-delà des mentions de recherche individuelle du bonheur, il y a toujours la volonté de recentrer cela dans la perspective d’un bonheur collectif. Le bonheur individuel n’est pas dénié, mais doit s’articuler avec le bien-être général, la recherche du bien commun, l’intérêt général… les termes ne sont pas les mêmes partout.

Ce colloque marquait la clôture du programme lancé en 2016. Quel premier bilan en tirez-vous ?

FL : Il s’agissait de la 3e grande manifestation organisée dans le cadre de ce programme de 4 ans, et chacune va aboutir sur une publication. Au total cinq colloques ont pu se tenir, ainsi que cinq journées d’études, sur le revenu universel par exemple, le droit à l’éducation, à la déconnexion… et elles aussi ont abouti à diverses publications. Sept séminaires et conférences, avec des intervenants extérieurs, du monde de l’entreprise ou de la fonction publique ont aussi eu lieu.

Nous avons pris part à des événements tels que la Nuit européenne des chercheur·e·s… La mise en place de notre Fab’lab a aussi été un élément important. Il a permis de nouer de solides attaches avec des acteurs associatifs, de l’entreprise, ou avec des organisations comme la Fabrique Spinoza et l’Observatoire international du bonheur (OIB). Avec ce partenaire, nous avons lancé une revue juridique électronique consacrée au bonheur.

Tout au long du programme, les échanges avec les acteurs ont été très importants. Tout cela a notamment conduit à la rédaction d’un guide à destination des DRH, sur le bien-être dans l’entreprise et les dispositions qu’il est possible de mobiliser dans le monde du travail.

Quelles suites envisagez-vous ?

FL : La question du bonheur était abordée par des disciplines comme l’économie, mais peu sous l’angle juridique. Aujourd’hui, la perspective juridique du bonheur est établie, la thématique a fait florès. Ce qui n’était pas une évidence lorsque nous avons débuté.

Ce programme a été rendu possible grâce à l’appel à projets régional Paris scientifiques, qui vise justement à créer une dynamique, permettant ensuite de candidater à des appels à projets nationaux voire européens. Aujourd’hui, la dynamique existe, le pari est gagné et le thème est devenu structurant pour notre laboratoire, le Centre Jean Bodin. Il figurera certainement dans le prochain contrat quinquennal de notre unité de recherche. Mais avant de nous lancer dans de nouvelles aventures, nous voulons tirer un bilan plus circonstancié. Le programme était construit autour de cinq axes très différents. Cela nécessite une vraie réflexion sur la future orientation des recherches.

En attendant, nous souhaitons lancer une « chaire Bondroit » en nous appuyant sur le réseau constitué au cours de ces années, avec des associations, des entreprises, des acteurs publiques, autour des thématiques du bien-être dans l’entreprise, la gestion du temps, les relations avec la santé au travail… Ceci afin d’imaginer notamment des formations professionnelles, et notamment un DU, un diplôme d’université mobilisant les connaissances en psychologie, dans le domaine de la santé, mais aussi du droit… Quelque chose de neuf, qui pourrait être utile au monde socio-économique.

Les champs suivis d'un astérisque * sont obligatoires

Scroll