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Fragilité osseuse : l’espoir d’un nouveau traitement

Une équipe de l’unité de recherche Gérom, emmenée par Guillaume Mabilleau, a mis au point une molécule prometteuse pour lutter contre la fragilité osseuse. Depuis janvier 2020, cette découverte est au centre d’un programme de maturation soutenu par la Satt Ouest Valorisation.

La fragilité osseuse est un mal répandu. Après la ménopause, les femmes sont particulièrement exposées : 39 % des plus de 65 ans souffrent d’ostéoporose, responsable de 377 000 fractures en France chaque année. Les hommes ne sont pas épargnés. Tabagisme, alcoolisme, cancer, mutations génétiques… divers facteurs peuvent être à l’origine d’une fragilité, qui se caractérise à la fois par une perte de masse osseuse, une désorganisation de la microarchitecture de l’os, et une minéralisation accrue.

Guillaume Mabilleau pilote le programme Android-2
Guillaume Mabilleau pilote le programme Android-2
Le sujet intéresse l’une des unités du pôle santé angevin, le Groupe d’études Remodelage osseux et biomatériaux (Gérom), depuis de nombreuses années. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, « l’os est un tissu vivant, dynamique, qui se renouvelle continuellement par des phases de résorption et de construction, explique le biologiste cellulaire Guillaume Mabilleau, membre de Gérom. Or, la recherche a montré que ce phénomène de résorption/construction n’était pas constant dans la journée, mais suivait le rythme des digestions ». Les regards se portent alors sur les hormones intestinales.

Développement de peptides

En 2012, Gérom lance un programme de recherche qui étudie l’effet de trois hormones intestinales sur la qualité osseuse. Une fois leur intérêt démontré, « nous avons pu, en collaboration avec un collègue nord-irlandais, générer des peptides qui miment ces hormones, mais avec une efficacité plus longue », poursuit Guillaume Mabilleau. Ces molécules mimétiques donnent des résultats, « mais qui n’étaient pas supérieurs aux médicaments présents sur le marché ».

Les chercheurs se remettent au travail. De nouvelles molécules sont développées. « Ces peptides de 2e génération sont capables d’activer les récepteurs de plusieurs hormones ». Avec deux des peptides, les résultats sont au rendez-vous : « On constate un effet environ 20 % supérieur à celui de la meilleure molécule actuellement utilisée contre l’ostéoporose ».

L’effet de ces peptides diffèrent de l’approche thérapeutique classique. « Quand les gens perdent de l’os, soit on essaie de bloquer la résorption, c’est-à-dire la perte de quantité osseuse, soit on tente de stimuler la construction, résume Guillaume Mabilleau. Nous, on change l’organisation de la matrice, en augmentant les liaisons, en créant des ponts entre molécules, et, en réduisant le degré de minéralisation. Grâce à tout cela, l’os est un peu plus souple : il peut se déformer un peu plus sans casser ».

Brevet

La découverte a fait l’objet d’une demande de brevet, déposée en 2019. En février 2020, un programme de maturation intitulé Android-2 va débuter. Soutenu pour 18 mois à hauteur de 197 000 euros par la Société d’accélération du transfert de technologies, la Satt Ouest Valorisation, il doit permettre de consolider les données autour d’un des peptides. Il s’agira également d’explorer son potentiel pour lutter contre une maladie rare, l’ostéogénèse imparfaite aussi appelée « maladie des os de verre » (environ 80 nouveaux cas par an en France). « Aujourd’hui, les médicaments utilisés n’ont aucun effet sur la survenue de fractures ». Une molécule capable de d’augmenter les liaisons dans la matrice et limiter la minéralisation pourrait changer la donne.

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