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Séparés par des virgules

La biopile angevine s’exporte à Paris

Enseignant-chercheur en chimie-environnement à la Faculté des sciences, Maxime Pontié a présenté les avancées de son invention, la biopile carbone-champignon au Palais de la découverte, à Paris, samedi 19 juin.

Qu’est-ce qu’une biopile et que permet-elle ?

Une biopile, aussi appelée pile à micro-organismes, est basée sur le principe d’une technologie biologique de traitement des sols et repose sur la capacité de certains micro-organismes du sol à utiliser des polluants organiques pour leur métabolisme. Elle met en œuvre une combustion biologiquement assistée qui a pour but de dépolluer, transformer et valoriser directement des déchets industriels et/ou agricoles, situés dans les eaux usées par exemple, en électricité. La biopile est constituée de trois éléments : une membrane sépare l’anode (l’électrode négative) de la cathode (électrode positive).

En temps normal, une anode est composée de platine, un métal rare et cher. Ce dernier est ici remplacé par un feutre de carbone mêlé à un champignon filamenteux (Trichoderma harzianum) non pathogène pour l’homme, qui agit comme catalyseur biologique : le champignon dégrade, via ses enzymes, les polluants organiques (pesticides, antibiotiques, colorants) en les détoxifiant et cela produit de l’électricité. Ici, le combustible utilisé n’est pas de l’hydrogène mais des micropolluants ou des déchets de bois, des pailles de blé ou de colza à base de carbone, tous source de carbone. L’énergie produite sur place pourrait servir à alimenter des détecteurs d’alertes lors d’une pollution des eaux des bassins versants de l’Anjou.

Par qui a-t-elle été inventée ?


De gauche à droite : Thomas Lauvaux, étudiant en 3e année de chimie à l'UA, Mehri Shabani, maîtresse de conférences à l'Ecole supérieur angevine d'informatique et de productique (ESAIP), Romain Attal, médiateur scientifique au Palais de la découverte, Maxime Pontié, inventeur de la biopile, et Sébastien Votat, doctorant à l'UA.

La biopile carbone-champignon a été inventée par le professeur Maxime Pontié lors d’une collaboration avec des biologistes de la santé au sein du laboratoire Groupe d’étude des interactions hôte-pathogène (GEIHP) au CHU d’Angers en 2016. Ce thème de recherche est développé à la Faculté des sciences et rassemble un consortium de chimistes du centre CNRS de l’Université d’Orléans, du laboratoire de chimie appliquée de l’Institut polytechnique de Toulouse, de l’Institut européen des membranes de Montpellier, et de l’Université d’Orléans, avec le professeur Laurent Lebrun.

Quels sont les travaux récents ?

Présentée une première fois à Paris en 2018, la biopile est de petite taille (elle tient dans une boîte à chaussure). Maxime Pontié a créé un second prototype, avec cette fois-ci un réservoir de cinq litres, présentée à la Nuit des chercheur∙e∙s en 2019. Les dernières avancées concernent l’association d’un champignon et d’une bactérie et l’étude de la dégradation de colorants dangereux pour l’environnement, tel le bleu de méthylène. Enfin, des travaux ont débuté pour résoudre le problème d'encrassement de la membrane. L’idée est, à terme, d’affiner les essais de biodégradation pour des concentrations variables de micropolluants en mélange dans les eaux, avant d’envisager une production industrielle couplant la dépollution à l’alimentation d’un microcapteur électrochimique dédié.

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