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Séparés par des virgules

A la BU de Belle-Beille, un trésor littéraire méconnu

La bibliothèque universitaire (BU) d’Angers a acquis en 2004 le fonds Hervé Bazin, célèbre romancier né à Angers en 1911. A l’occasion de la 25e année de sa mort dans cette même ville, focus sur ces documents inédits.

Plus de vingt-deux manuscrits, neuf mille lettres manuscrites, et un précieux témoignage de l’histoire littéraire, politique et culturelle d’une époque. Voici ce que représente le fonds Hervé Bazin, acquis en 2004 pour un montant de 100 000 € par la BU d’Angers et conservé depuis à la bibliothèque universitaire de Belle-Beille. « En 1993, Hervé Bazin avait souhaité le donner à la ville d’Angers mais cela n’avait pas abouti, détaille France Chabod, responsable des fonds spécialisés de la BU d’Angers. Peu avant sa mort, il l’a alors déposé aux Archives municipales de Nancy mais ses principaux héritiers ont pu invalider ce dépôt et prendre possession de ces archives pour les vendre aux enchères publiques. » Pour éviter la dispersion, Olivier Tacheau, alors directeur de la bibliothèque universitaire, intervient, sur les sollicitations de la dernière épouse de l’écrivain. Et c’est donc le 29 octobre 2004 à l’hôtel Drouot, à Paris, que la BU d’Angers acquiert la quasi-totalité de ce fonds unique. Constitué d’œuvres imprégnées de l’Anjou, il porte la plume d’un des auteurs les plus populaires et les plus lus de la deuxième moitié du XXe siècle. 

Du brouillon au manuscrit

Albert Camus, Jacques Chirac, Alice Sapritch (actrice connue pour son interprétation de Folcoche dans Vipère au poing), Louis Aragon, Bernard Clavel, ou encore le prince de Monaco… C’est peu dire qu’Hervé Bazin correspondait avec du beau monde. « Il conservait soigneusement tous ses travaux préparatoires, ce qui permet de suivre le processus de création d’un roman, relève France Chabod. Il s’inspirait d’une nouvelle ou d’un fait divers puis préparait des tableaux chronologiques, des plans topographiques des lieux de ses intrigues, des listes de personnages... Cela fascine aujourd’hui les spécialistes de la génétique des textes. »

En 2019, la BU d’Angers a fait l’acquisition d’un nouvel essai d’Hervé Bazin sur la langue française intitulé Plumons l’oiseau. Seule petite déception, l’absence du manuscrit de son roman phare, Vipère au Poing (1948), adapté plus tard à la télévision et au cinéma.

Quel avenir pour le fonds ?

La bibliothèque universitaire continue de surveiller les catalogues de vente aux enchères et le fonds ne cesse de s’enrichir de lettres autographes. Elle a ainsi reçu la correspondance entre Hervé Bazin et Fernando Schirosi, un professeur d’italien qui souhaitait traduire ses œuvres, et entre l’écrivain angevin et Annie Lebaillif, une jeune femme encouragée par l’ancien président de l’Académie Goncourt à écrire. La conservatrice espère également que le dernier fils d’Hervé Bazin deviendra un interlocuteur de la BU, comme l’était sa mère, Odile Hervé-Bazin, qui avait envisagé de transmettre d’autres archives, notamment la machine à écrire de l’écrivain.

Quid du programme universitaire ?

Jusqu’en 2015, Anne-Simone Dufief enseignait à l’Université d’Angers la littérature contemporaine, et notamment un cours intitulé « Critique génétique », consacré au fonds hervé Bazin. « Il s’agissait d’étudier la structuration du sujet : le vocabulaire utilisé selon les personnages ou l’équilibre entre les dialogues et les descriptions, se rappelle-t-elle. Les étudiants étaient émerveillés de voir ce fonds.» Mais Hervé Bazin est-il toujours aussi populaire ? « Aujourd’hui, c’est un auteur davantage étudié au collège parce que son héros est généralement un adolescent. Dans Vipère au poing par exemple, Jean est opprimé et a un rapport difficile avec ses parents ; l’élève peut s’identifier. Je pense également que pour continuer à être lu, il faut que les personnages prennent une forme mythique, à l’image d’Emma Bovary. » 

Quelques photos du fonds

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