fr | en

Séparés par des virgules

L’initiative solidaire d’étudiants auprès de collégiens allophones

Durant le confinement et jusqu’aux vacances d'été, des étudiant·e·s de la Faculté des lettres, langues et sciences humaines ont organisé via les smartphones des temps d’échanges avec des élèves du Casnav parlant peu le français. Objectif : rompre l’isolement et encourager leur apprentissage de la langue.

Les Centres académiques pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (Casnav) n’ont pas eu la tâche facile durant le confinement. Difficile d’enseigner à distance à des élèves peu équipés en matériel numérique, ne parlant pas ou peu le français. « Et apprendre une langue tout seul chez soi, c’est tout simplement impossible, note Emmanuelle Rousseau-Gadet, enseignante à l’UA, responsable pédagogique du master 2 Didactique des langues, parcours Formation aux langues, des adultes et mobilités. Les élèves ont besoin de contacts, d’échanges qu’ils trouvent normalement au collège en parlant avec leurs copains ».

Face à ce constat, Emmanuelle Rousseau-Gadet et Valérie François, coordinatrice du Casnav en Maine-et-Loire ont décidé d’agir dès les premières semaines du confinement. Elles ont imaginé l’opération Tandem mettant en relation des étudiants désireux de se former à l’enseignement du Français langue étrangère (FLE) et des collégiens allophones. Objectif : « Créer un lien social ».

Onze étudiant·e·s de master Didactique des langues (privés de leur stage initialement prévu pour cause de confinement) et neuf de diverses licences (lettres, langues) se sont portés volontaires pour participer à l’expérimentation. De mi-avril à début juillet, ils ont chacun échangé avec un ou deux adolescent·e·s installés à Angers, Cholet ou Saumur, via l’application mobile Whatsapp. Deux à trois fois par semaine, à des horaires fixés à l’avance, « les étudiants appelaient les élèves, en audio, pendant 15 à 30 minutes, pour parler de différents thèmes que nous avions définis, comme sa maison, sa famille, les fêtes de son pays d’origine… Rien de privé, rien d’intime, mais des sujets de conversation pour faire en sorte que les jeunes aient un contact avec des Français, qu’ils échangent », résume Emmanuelle Rousseau-Gadet.

Différents garde-fous avaient été préalablement posés (pas de vidéos, des consignes pour le contenu des échanges, etc.). Chaque étudiant a également dû, avant de débuter son intervention, s’entretenir avec l’enseignant référant de l’élève tandem, pour connaître le contexte.

« Les retours sont très bons »

Naïma Azikiou
Naïma Azikiou
Une étudiante de master 2, Naïma Azikiou s’est vue confiée la coordination pédagogique du groupe d’intervenants et a proposé via la plateforme Moodle des thèmes, des activités, des défis à réaliser par les tandems…  « Les jeunes n’avaient pas beaucoup d’activités pendant le confinement, donc ils ont adoré les défis qu’on leur proposait, comme celui de trouver cinq objets commençant par la lettre C, par exemple, ou de dessiner leur famille sur un canapé… » Pour Naïma Azikiou, qui a accompagné deux jeunes Somaliens de 14 et 16 ans, « l’expérience a été très riche. Et ça correspond complètement à ma formation ».

« Les retours sont très bons, que ce soit au niveau des étudiants, des élèves ou de leurs enseignants », se félicite Emmanuelle Rousseau-Gadet.

Les protagonistes envisagent aujourd’hui de pérenniser le dispositif. Il devrait connaître une suite dès l’année prochaine sous le giron de la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale. « On essaie pour l’instant de voir comment on pourrait intégrer ces échanges dans la formation universitaire, à la fois comme une préparation au parcours FLE, mais aussi comme un engagement civique ».

Les champs suivis d'un astérisque * sont obligatoires

Scroll