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CNDC - Université Angers

Centre national de danse contemporaine (CNDC)

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Messe pour le temps présent (version originale Maurice Béjart 1967)

Grand Remix – création

Pierre Henry, musique

Maurice Béjart, chorégraphe des Jerks

Hervé Robbe, chorégraphe du Grand Remix

École Supérieure du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers : Maxime Aubert, Yohann Baran, Amandine Brun, Auranne Brunet-Manquat, Pauline Dassac, Julien Derradj, Nolwenn Ferry, Lara Gouix, Agata Jarosova, Alice Lada, Juan Pablo Landazuri, Théo Le Bruman, Charlotte Louvel, Kevin Martial, José Meireles, Victoria Pignato, Pauline Sonnic, Jeanne Stuart, Anaïs Vignon, Jiaqi Wu, danseurs

François Maillot, création lumière

Anne Poupelin, costumes

Remerciements à la Fondation Maurice Béjart, à Dominique Genevois et Juichi Kobayashi pour la reconstruction des Jerks de Maurice Béjart.

Production : Centre national de danse contemporaine - Angers, Robert Swinston

Pierre Henry, par Pierre Schaeffer

La musique de Pierre Henry est issue de la découverte, des retrouvailles de la nature dans le concret. Cette musique m’a effrayé moi-même et j’en ai beaucoup douté, en raison sans doute de son caractère abrupt et aussi parce qu’elle n’était pas un langage, qu’elle était une série d’effroyables cris que lançait la nature, par l’intermédiaire de nos magnétophones et de nos microphones. J’ai longtemps freiné, moi – même Pierre Henry, je doutais de ce qu’il faisait, je le trouvais enfoncé là-dedans avec une telle passion, avec une telle violence, que j’avais peur qu’il ne se fourvoie définitivement. Or, on peut voir que Pierre Henry est resté fidèle à cette inspiration sauvage, il ne s’est jamais démenti mais comme Orphée – Orphée, c’est une très ancienne et éternelle histoire, ici très vraie – il est quand même arrivé à charmer ses monstres, il n’est pas parvenu à les charmer énormément, parce que ces monstres restent des monstres, mais je pense que les monstres que fait « miauler » Pierre Henry et de temps en temps qu’il attèle au char de la méditation, au char de la contemplation, ce sont des monstres autrement vrais, autrement réels et autrement vivants que les petits monstres issus du dodécaphonisme. Il faudrait alors comparer Pierre Henry à un enfant parmi les docteurs de l’époque. Pierre Henry est resté l’enfant des violences, des cruautés, des instincts de l’enfance ; il a toujours fait de la musique comme un bébé commence à parler. Mais quand un bébé commence à parler, il a la vie devant lui et quand un vieillard, radote c’est la mort qui l’attend, le guette.

Pour résumer ma pensée, en dehors de ces périphrases et de ces souvenirs par deux jugements dont je pèse la portée, je dirais que la musique de Pierre Henry me paraît d’abord logique, c’est-à-dire que lorsqu’il a commencé sur ce qu’on pourrait appeler d’une manière généralisée un thème, le reste s’ensuit logiquement ; il ne s’agit pas de dire si c’est beau ou si c’est laid, mais si c’est logique, ce qui pour la musique est très important. Ensuite, cette musique est expressive. Elle n’est ni particulièrement sentimentale, ni particulièrement dramatique, mais quand on écoute la musique de Pierre Henry, on sent quelque chose, on est pris par l’angoisse, par la peur, par l’émotion, par l’attente, on est, on vit avec cette musique. Parfois il la fait un peu longue, parfois il outrepasse un peu les limites de l’épure, de ce qui est audible, de ce qui peut être supportable. Ce sont les excès d’une sorte de génie. Mais songez que si l’on peut dire, entre toutes les musiques contemporaines, d’une musique qu’elle est logique et qu’elle est expressive, quel heureux, quel exceptionnel miracle dans le non-sens et dans l’indifférence actuels…

Pierre Schaeffer (1968)

Messe pour le temps présent (création originale Maurice Béjart 1967)

Grand Remix – création

Durée : environ 31 minutes.

Messe pour le temps présent est le titre du « spectacle total » de Maurice Béjart créé en août 1967 au Festival d’Avignon, pour lequel Pierre Henry a composé spécialement, avec la collaboration de Michel Colombier, les fameux jerks électroniques. Ces « jerks » voulaient être à cette époque de la musique de discothèque, sur les rythmes du moment truffés d’effets électroniques voyants et carrés très efficaces. C’était la première fois que le son électronique était employé, avant l’apparition du synthétiseur, de manière aussi directe et provocante dans la musique de variété

Devenant best-seller (du disque… classique) pendant de nombreux mois, ce sont paradoxalement ces jerks d’un style volontairement « bal de province » qui furent le cheval de Troie de la musique électro-acoustique « sérieuse ». On peut donc considérer la Messe pour le temps présent comme un événement de l’histoire de la musique contemporaine, qui contribue notablement à l’éclatement des barrières entre musique symphonique, jazz, recherche et variété.

Ces jerks, chorégraphiés par Maurice Béjart, sont présentés ce soir et dansés dans leur version d’origine. Ensuite, c’est sur un « Grand Remix », composé aujourd’hui particulièrement par Pierre Henry, que le chorégraphe Hervé Robbe en prolonge la transe.

Isabelle Warnier