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Risques routiers et transports durables - Université Angers

Colloque conjoint du LPPL et du Laris

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Comprendre les risques routiers : sciences humaines et ingénierie s'allient

Teodor Tiplica et Sandrine Gaymard

Les 8 et 9 janvier 2015, l'Université d'Angers a accueilli un colloque consacré aux « Risques routiers et transports durables ». Parmi la trentaine d'interventions internationales, Sandrine Gaymard, chercheuse du Laboratoire de psychologie des Pays de la Loire (LPPL) et Teodor Tiplica, statisticien du Laboratoire angevin de recherche en ingénierie des systèmes (Laris) ont témoigné de l'apport de leur coopération dans la compréhension des situations à risques.

Au volant ou au guidon, il y a la théorie et la pratique, la norme légale (le code de la route) et ce que chacun s'accorde le droit de faire « au nom de justifications x ou y. Ce sont des transgressions réelles par rapport à la loi, mais elles sont vues comme légitimes par rapport à la représentation qu'en ont les usagers. À un moment donné, on observe aussi que le code de la route peut manquer de sens et les usagers cherchent à apporter un sens », résume la psychologue Sandrine Gaymard. En s'appuyant sur la théorie de la conditionnalité qu'elle a développée, l'enseignante-chercheuse de l'UA a élaboré un questionnaire autour de 127 situations de conduite, afin de faire remonter celles étant « les plus conditionnelles », c'est-à-dire où les circonstances justifiant une transgression du code de la route apparaissent les plus nombreuses.

La limitation de vitesse est fréquemment remise en cause. Parce qu'il est pressé, parce qu'il se rend à son travail, parce que la route est dégagée, le conducteur s'autorise a accéléré. Sauf s'il a ses enfants en bas âge à bord du véhicule. L'état de la route, la météo ont aussi leur importance dans son choix. Sans parler du sexe et de l'âge du conducteur... Tout un ensemble de variables entrent en jeu, face auxquelles les outils utilisés en sciences sociales montrent parfois leurs limites. Ainsi, dans son étude menée en 2007, Sandrine Gaymard n'avait pas été en mesure de mettre scientifiquement en évidence des différences entre les conducteurs et les conductrices, « alors qu'on sait qu'elles existent ».

Modélisation des risques

Depuis 2011, Sandrine Gaymard collabore avec Teodor Tiplica, enseignant à l'école d'ingénieurs Istia, chercheur au sein de l'équipe Sûreté de fonctionnement et aide à la décision du Laris. Sa spécialité : le contrôle de processus complexes par le biais des techniques statistiques, afin d'élaborer des outils d'aides à la décision. Partant du théorème de Bayes et des probabilités conditionnelles, le statisticien a adapté des outils qui ont fait leurs preuves dans le monde industriel pour les mettre au service des sciences sociales et de la problématique des risques routiers. « Les réseaux bayesiens permettent de modéliser les risques, explique Teodor Tiplica, et de clarifier les prises de décisions des conducteurs. On peut prévoir l'exposition aux risques en partant de certaines situations conditionnelles ». Et de nuancer : « Ce n'est qu'un outil. Il n'apporte pas des réponses définitives, mais doit permettre aux psychologues de faire des relations ».

L'outil a permis de repousser la compréhension de situations complexes. Dans leur étude des comportements des jeunes conducteurs, Sandrine Gaymard et Teodor Tiplica ont, par exemple, montrer qu'en cas de pluie, « les jeunes conductrices vont faire preuve de davantage de respect pour les piétons qu'à l'accoutumée, alors que c'est l'inverse chez les garçons ».

Pourquoi un conducteur décide de prendre un risque

Les travaux de Sandrine Gaymard et Teodor Tiplica visent à « anticiper la prise de risques, poursuit la psychologue. Il s'agit de comprendre la décision de prendre un risque, et tout ce qui peut l'aggraver », en allant au-delà des traditionnels facteurs (alcool, vitesse, pluie...). Cela pourrait permettre d’améliorer la formation des conducteurs et les campagnes de prévention. L'enjeu est de taille. Selon l’OMS, les accidents de la route vont devenir la 5e cause de décès dans le monde d'ici 2030, si aucune mesure n’est prise.

Les recherches des deux universitaires angevins ont donné lieu à plusieurs publications. En 2014, le Questionnaire des scripts conditionnels adapté au piéton a ainsi été publié dans les bases psycTESTS de l'American psychological association.

 Télécharger le résumé de la conférence de S. Gaymard et T. Tiplica

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