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Corps étrangers ? Eglise, armée et nation au XXe siècle - Université Angers

Demi-journée d'étude du 3L.AM-EA4335

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Corps étrangers ? Eglise, armée et nation au XXe siècle

Demi-journée d'étude 3L.AM

Le 16 octobre 2015

Vignette "Corps étrangers"

Si la politique peut s'entendre comme l'art de faire tenir ensemble des éléments épars et souvent divergents, quelles stratégies se mettent en place lorsque, dans un pays déterminé, les gouvernements sont impuissants à accomplir cette tâche ?

Il ne s'agit pas seulement de traiter du prétorianisme, à savoir de l'intervention de l'armée sur la scène politique, ni de l'intromission ecclésiastique dans certains secteurs de la vie d'une nation, mais d'examiner en quoi, lorsque les multiples intérêts particuliers ne trouvent pas de terrain commun, certains corps se posent en défenseurs d'un commun, qui peut être partagé par la nation, ou au contraire imposé à une partie de cette nation. Armée et Église représentent alors un sujet politique à part entière, étai ou substitut du corps politique, ou encore usurpateur de la volonté générale.

Nous partons du cas espagnol. L'Église catholique a soutenu, à travers les siècles, ce trait d'unification qui au XXe siècle est apparu comme anachronique. Quant à l'armée, l'historiographie traditionnelle distingue deux moments pour la période contemporaine : abstraction faite des éléments légitimistes, l'armée espagnole fut dans les trois premiers quarts du XIXe siècle un étayage pour l'affirmation du régime libéral bourgeois, avant de devenir une force conservatrice et réactionnaire, facteur de division de la nation. C'est que le tournant de 1868-1874 constitue une nouvelle fracture, avec l'apparition de mouvements populaires organisés, anarchistes et socialistes. L'armée, devant ces forces de plus en plus puissantes, en vient à défendre une unité nationale de plus en plus étroite, qui, à la différence de l'époque de l'ascension libérale, ne peut plus prétendre prendre en charge la société tout entière.

La plupart des manifestes des pronunciamientos s'adressent « à la nation ». Mais dans quelle mesure l'armée agit-elle au nom de la nation, à divers degrés de légitimité ou d'illégitimité ; dans quelle mesure agit-elle comme corps, rarement monolithique – par exemple, sous le Franquisme, les coteries des trois ministères militaires (Ministère de l'Air, de la Marine, de l'Armée) se disputaient les prébendes du régime.

Même sous sa forme d'action réactionnaire, une partie de l'armée espagnole a voulu créer les conditions économiques pour faire tenir ensemble des éléments épars (commissions de mobilisation industrielle de 1916, politique économique de Miguel Primo de Rivera, Institut National de l'Industrie créé en 1941) ; elle a aussi fait tenir par la force les parties de cette « Espagne invertébrée » dont parlait Ortega y Gasset, moyennant l'exclusion d'une partie non négligeable de la nation, source de conflits déclarés ou latents. L'Église, quant à elle, a contribué à faire tenir les éléments épars par l'imposition du principe d'unité religieuse d'un autre âge, contre le projet laïque et démocratique de la République.

Cette question du rapport de l'armée au politique pourra être étendue nations d'Amérique hispanique, notamment Cuba et les Philippines, colonies espagnoles jusqu'en 1898.

Vendredi 16 octobre 2015
de 14h à 18h, salle Frida Kahlo

Maison de la Recherche Germaine Tillion
5bis Bd Lavoisier - Angers

Secrétariat 3L.AM
joelle.vinciguerra @ univ-angers.fr