Aller au contenuAller au menuAller à la rechercheAller à la page d'actualités

Colloque La Beauté - Université Angers

Colloque des doctorants du Centre Jean-Bodin

  • Partager la page sur les réseaux sociaux
  • Envoyer cette page par mail

    Envoyer par mail


    Séparés par des virgules
  • Imprimer cette page
  • Commenter cette page

La beauté vue par le droit et la science politique

affiche colloque

La journée des doctorants du Centre Jean-Bodin a pour la première fois pris la forme d'un colloque. Il s'est tenu le 9 avril à la Faculté de droit, d'économie et de gestion. Quelque 200 personnes ont assisté à neuf communications de doctorants, sur les aspects juridiques et politiques de « La beauté », notion abstraite peu explorée en droit. Retour sur cette journée, avec Jimmy Charruau, l'un des intervenants et organisateurs.

Pourquoi avoir choisi de traiter le sujet de la beauté ?

Jimmy Charruau : Pour ce premier colloque ouvert au public que nous avions choisi d'organiser en lieu et place de l'habituelle journée des doctorants qui avait lieu en interne, il nous fallait un thème suffisamment large, permettant des connexions entre les doctorants des différentes spécialités du droit et en science politique. Après un appel à communications, nous sommes parvenus à réunir neuf doctorants autour de cette problématique, huit d'Angers et un de Poitiers.

L'apparence joue un rôle indéniable en politique. Pensez aux talonnettes de Nicolas Sarkozy, que François Hourmant, enseignant-chercheur à l'UA, a évoqué en conclusion du colloque, dans son intervention sur la beauté des Présidents. Un peu plus tôt, Nicolas Mary, doctorant en science politique, avait abordé le cas de Ségolène Royal et son traitement dans la presse people.

En droit, la question de la beauté a été très peu traitée jusque-là. Il y a des études sur la notion d'esthétisme en droit de l'urbanisme, sur les relations entre droit et art. Mais à chaque fois, on parle d'objets, d'éléments rationnels... Il y a très peu de choses sur l'humain.

Parce que la notion de beauté est éminemment subjective...

JC : Oui, mais le droit est une science sociale censée appréhender tout ce qui à trait à l'humain. Et force est de constater que l'apparence est au cœur de notre société. Il suffit d'allumer la TV pour avoir une idée de l'ampleur. Personnellement, je travaille sur les discriminations et je me suis intéressé au critère de l'apparence physique. Là aussi, il y a très peu d'écrits, comme si les juristes avaient peur de s'attaquer à cette notion malléable.

En matière de discrimination, la loi semble pourtant claire : l'apparence physique ne peut pas être un motif de distinction.

JC : Reste à savoir ce que l'on met sous l'expression « apparence physique ». Il y a un débat qui n'est toujours pas tranché. Est-ce les choses subies comme la taille, des aspects choisis (la coiffure, des tatouages...), ou les deux ? Le juge tend à retenir une acception stricte, les choses subies, et donc écarte le reste comme objet de discrimination. Mais son interprétation pourra évoluer, sous l'influence du Défenseur des droits, plus souple...

Jimmy Charruau mène actuellemnt une thèse sur "les notions de non-discrimination en droit public français"
D'une manière générale, le droit va chercher à interdire les excès. Par exemple, depuis la loi du 4 août 2014, les concours de mini-miss sont interdits pour les moins de 13 ans, comme l'a rappelé lors du colloque Julie Jaunâtre, doctorante en droit public. Pour les discriminations, on va tolérer que l'employeur prenne en compte la beauté, à condition que l'objectif poursuivi soit légitime et l'exigence proportionnée. Ce qui n'a pas été le cas dans l'affaire Abercrombie and Fitch, par exemple, cette entreprise de vêtements qui recrutait son personnel en fonction de critères physiques et refusait de vendre certaines tailles pour que sa marque ne soit pas portée par des personnes trop fortes. Le Défenseur des droits s'est saisi de l'affaire. Il a rendu une décision en novembre 2014, en disant que l'exigence de l'entreprise était disproportionnée : les vendeurs n'étaient pas des mannequins, même s'ils leur arrivaient de poser pour des photos devant la vitrine du magasin, ce n'était pas leur activité principale.

En théorie, il y a 20 critères de discrimination qui ne doivent pas apparaître sur une annonce. Mais il y a des exceptions, notamment pour les acteurs ou les mannequins où la question du physique est au cœur de l'activité.

Que pensez-vous de l'amendement voté par l'Assemblée interdisant l'emploi de mannequins trop maigres ?

JC : Encore une fois, le droit entend sanctionner une disproportion. Pour qualifier un critère subjectif, une apparence, il a fallu trouver un critère objectif : l'indice de masse corporelle (IMC). Les mannequins ne devront pas avoir un IMC en-dessous d'une certaine valeur. Eroan Rubagotti, doctorant en droit privé, est revenu sur cette question.

Ce qui est paradoxal, c'est qu'en voulant déconstruire une norme, l'image du mannequin maigre, on a créé une autre norme. Certains ont même parlé de discrimination à l'égard des maigres. Ça pose la question de savoir jusqu'où la réglementation peut aller dans le domaine de l'apparence même si, à chaque fois, c'est avec une intention de bien faire : ici, c'est éviter que des jeunes femmes s'identifient aux mannequins et deviennent anorexiques.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que le texte ne résout rien en terme de santé, ne propose pas des programmes d'éducation, par exemple, pour lutter contre l'anorexie, mais se borne au terrain de l'apparence, de l'image et de la sanction.

N'est-ce pas réducteur d'associer beauté et apparence ?

JC : Si, la beauté revêt de multiples formes. D'ailleurs, lors du colloque, Matthieu Le Verge, doctorant en histoire du droit, a parlé de l'art oratoire, du « beau discours ». Mais c'est vrai que 90 % des interventions portaient sur la beauté visuelle, comme l'a souligné le directeur du Centre Jean-Bodin, le professeur Hervé Rihal, qui présidait les interventions de l'après-midi.

Voir l'intégralité du programme du colloque

*
*
*