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Portrait d'Annick Weil-Barais - Université Angers

Portrait d'Annick Weil-Barais

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ANNICK WEIL-BARAIS, ENSEIGNANT-CHERCHEUR EN PSYCHOLOGIE COGNITIVE

 

« Le développement de la pensée chez l'enfant est lié à l'apprentissage des savoirs »

Observer les enfants interagissant avec les adultes, voilà une activité qui a occupé pendant bien des heures Annick Weil-Barais. Objectif de ces séances ? Mieux connaître les façons dont les « care-takers » (comprendre les « éducateurs » au sens large : parents, assistantes-maternelles, etc.), interviennent dans le processus d'acquisition des savoirs. Autrement dit, comment les enfants apprennent-ils ? Si le rôle des adultes dans le développement de l'enfant (langage oral, attention, auto-régulation, etc.) a fait l'objet de nombreuses d'études, leur fonction dans l'acquisition des connaissances spécifiques (lire, écrire, calculer, apprendre des sciences, etc.) est bien moins connue. La psychologue est attachée à une approche de l'enfant dans son milieu de vie : dans le cadre du laboratoire PPI (processus de pensée et interventions), son travail consiste avant tout à analyser les pratiques éducatives et à étudier leur impact sur le développement intellectuel de l'enfant.

Des adultes qui orientent

Ses premiers travaux étaient surtout centrés sur la formation des concepts et des démarches scientifiques par les enfants et les adolescents bénéficiant alors d'un environnement scientifique particulier (par exemple un laboratoire interdisciplinaire et interuniversitaire crée par un physicien pour étudier les processus de transmission et d'appropriation des connaissances scientifiques). L'arrivée à l'Université d'Angers d'Annick Weil-Barais a été l'occasion de s'intéresser aux enfants d'âge préscolaire (3-6 ans), beaucoup moins étudiés par les psychologues que les bébés.

Annick Weil-Barais est assise à côté d'un petit garçon et lui lit une histoire
Quels sont les savoirs qui préparent aux apprentissages fondamentaux ? (lire, écrire, calculer), quels rôles jouent les adultes dans ces apprentissages ? Un constat corroboré par de nombreux chercheurs : les enfants qui n'ont pas acquis la compétence de segmentation des mots en unité sonores (les phonèmes) présentent un risque élevé d'échec de l'apprentissage de la lecture en cours préparatoire. La psychologue s'est donc demandée si certains adultes orientent de manière particulière l'attention des enfants au cours de la lecture, leur permettant ainsi d'acquérir cette « conscience phonologique ». L'observation des échanges entre assistantes-maternelles et des enfants de 2 à 3 ans (travail de thèse de Florence Lacroix) a montré que ces professionnelles segmentaient et sur-articulaient systématiquement les mots nouveaux rencontrés dans les livres d'images qu'elles lisent aux enfants. Une technique loin d'être anodine : elle prépare efficacement à l'apprentissage de la lecture, plusieurs années avant que les enfants apprennent explicitement à lire à l'école.

De même, lire un texte suppose de contrôler son regard : commencer à gauche pour le déplacer horizontalement vers la droite, puis revenir au début de la ligne en dessous. Loin d'être innés, ces mouvements des yeux sont très spécifiques aux systèmes graphiques employés. Au début de leur apprentissage, les enfants explorent l'espace graphique en bougeant la tête. Progressivement, la motricité oculaire se substitue aux mouvements de tête, ce que font les adultes bons lecteurs sans en avoir conscience. Annick Weil-Barais s'intéresse à cette éducation du regard. Qu'il s'agissent de textes ou de tableaux (thèse en cours d'Alexandra Wallner), un contrôle explicite des mouvements du regard est nécessaire au départ, ce qui n'est pas le cas des images animées qui les déterminent en partie. C'est pourquoi un excès d'exposition des jeunes enfants aux images télévisuelles est nocif, ce que reconnaissent maintenant plusieurs chercheurs.

Sensibiliser les parents

La manière dont les « care-takers » interviennent auprès des enfants est liée aux systèmes de représentation. Chacun a en effet une idée de ce qu'aiment les enfants, ce qui est bien pour eux, comment les aider à apprendre, etc. En observant les parents accompagnant leurs enfants à la Cité des Science, Annick Weil-Barais a été frappée en voyant qu'ils incitaient davantage les enfants à l'action qu'à la réflexion. Très directifs, les parents accompagnent rarement dans une démarche d'investigation. Cette première observation lui a donné l'idée d'étudier les représentations que les adultes ont sur la manière dont les enfants apprennent, et ce qu'ils conçoivent être « bien » qu'ils apprennent. Comme il s'est avéré que parfois les idées étaient inadaptées aux besoins cognitifs des enfants, Annick Weil-Barais s'est également intéressée aux modalités de changement de représentations, en lien avec le changement de pratique des « care-takers ».

La psychologue n'est plus si souvent sur le terrain qu'avant, à son grand regret. Mais elle se réjouit de voir que « ses » doctorants mènent très bien les expériences de terrain et qu'ils partagent l'idée qu'il est nécessaire d'étudier les modalités éducatives pour comprendre le développement des enfants, en complément des études focalisées sur les processus cognitifs impliqués dans les apprentissages.

 

Contact : Annick Weil-Barais - Professeur en psychologie cognitive - Laboratoire de psychologie PPI - Courriel (annick.weil-barais @ univ-angers.fr)

Thérèse Rosset

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Quelques publications :
  • "L'homme cognitif", dirigé par Annick Weil-Barais, PUF, 2001
  • "Les apprentissages scolaires", dirigé par Annick Weil-Barais, Bréal, 2004
  • "Enseigner et apprendre les sciences", dirigé par Monique Goffard et Annick Weil-Barais, Armand Colin, 2005