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L'indépendance catalane - Université Angers

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L’indépendance catalane en question

Manuelle Peloille, auteur de L'indépendance catalane en question

Professeure de civilisation espagnole à l’UA, directrice du 3L.AM, Manuelle Peloille vient de cosigner un livre sur l’indépendance catalane, ses enjeux institutionnels, géopolitiques, économiques, linguistiques et identitaires, du Moyen Âge à nos jours. Sa lecture permet de mieux appréhender la crise qui secoue l’Espagne.

La Catalogne a occupé l’actualité ces derniers mois. Qu’apporte votre ouvrage ?

Manuelle Peloille : Nous avons essayé de remettre en perspective, de contextualiser et de donner les clés pour comprendre les événements récents. La première partie nous replonge dans l’histoire. Nous avons essayé de voir à quelles périodes la Catalogne avait été indépendante. En fait, hormis avant le XIe siècle, où il existait un comté de Barcelone, il n’y a jamais vraiment eu d’État indépendant, même s’il y a eu longtemps des lois propres à la Catalogne, un droit coutumier particulier. La 2e partie, sans oublier l’histoire, se penche sur les aspects linguistiques, identitaires et juridiques qui ont forgé le mouvement indépendantiste catalan. La 3e et dernière partie est centrée sur les années récentes du procés, du processus d’indépendance, puisqu’en 2010 il y a eu un coup d’accélérateur.

Pourquoi ?

MP : Depuis 1979, la Catalogne jouit d’un statut d’autonomie large. En 2006, elle a obtenu un statut encore plus favorable, où elle est présentée comme une nation. En 2010, un recours en justice est formulé pour retirer certains éléments de ce statut. Et les points problématiques sont supprimés. Notamment le fait de reconnaître la nation catalane au même titre que la nation espagnole.

Les indépendantistes vont le prendre comme un affront et adoptent une feuille de route pour la mise en place de l’indépendance. À l’époque, le mouvement touche une part minoritaire de l’opinion, environ 30 % dans les sondages. Contre près de 50 % en 2017, au moment du référendum. À présent, c’est redescendu. Après l’imbroglio juridique, la fuite de Puigdemont, le départ de certaines entreprises, la cause a perdu de son aura et des intentions de vote.

Comment est né ce livre ?

MP : Je suis spécialiste de l’histoire politique de l’Espagne au XXe siècle, directrice des Cahiers de civilisation espagnole contemporaine, et j’avais signé un ouvrage de préparation à l’agrégation en 2017 chez Atlande. Au vu des événements en Catalogne, cet éditeur m’a demandé si je ne pourrais pas écrire sur le sujet. Pour couvrir toutes les questions, je me suis associée à mon homologue Serge Buj, professeur émérite de l’Université de Rouen avec qui je collabore depuis de nombreuses années. Il est fils d'exilés républicains, juriste de formation et s’est donc plutôt focalisé sur le droit et les aspects linguistiques. J’ai aussi contacté Cyril Trépier. Membre de l’Institut français de géopolitique de Paris 8, il a publié le livre Géopolitique de l’indépendance catalane et il a été précieux pour éclairer le débat sur la position de Bruxelles, par exemple, ou le cas du référendum écossais…

Votre ouvrage est publié dans la collection « Coup de gueule et engagement »…

MP : Oui, mais ce n’est ni un coup de gueule, ni un parti pris. Même si nous défendons des thèses. Notre position n’est pas de nier la Catalogne, mais montrons que la situation n’est pas aussi binaire que voudrait le faire croire certains discours indépendantistes, qui expliquent en gros : « Il y a eux, les Espagnols, et nous ».

Les relations entre la Catalogne et l’Espagne ont toujours été étroites, avec des échanges entre les deux parties. Par exemple, quand l’idée d’indépendance se structure, dans les années 1890, les Catalans font bien attention de conserver un lien avec l’Espagne, leur premier marché. Et plus tard, mlême sous Franco, la dictature prend des dispositions pour protéger l'industrie et la banque catalanes. Une sorte d’aide. Donc, tout n’est pas aussi simple.

Nous n’omettons pas non plus les zones d’ombre du séparatisme. Comme la dimension xénophobe d’une partie du mouvement. Quand les bases de l’indépendantisme sont jetées en 1892, notamment par l’un des principaux théoriciens Prat de la Riba, il est prévu de réserver les emplois publics aux seuls Catalans. Vers 1930, des mouvements plus à gauche vont développer un discours raciste contre les immigrés : ceux qui viennent d’autres régions espagnoles, comme les Andalous. Ce discours anti-Espagnols n’a pas disparu si l'on écoute les dirigeants actuels. On ne peut pas résumer le mouvement à cela, mais c’est l’une des composantes du grand tableau que nous avons essayé de dépeindre.

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Pratique


L’indépendance catalane en question,
de Manuelle Peloille, Serge Buj et Cyril Trépier,
est paru en juillet 2018
aux éditions Atlande,
dans la collection Coup de gueule et engagement.

Nombre de pages : 272.

Prix : 15 euros.

N°ISBN : 978-2-35030-502-8

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