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Timbre foraminifères - Université Angers

À l'initiative du LPG-Biaf

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Un premier timbre à l’effigie des foraminifères

Le timbre "foraminifères" édité par les Taaf

Le LPG-Biaf mène des recherches sur les bio-indicateurs actuels et fossiles. L’équipe de recherche angevine est à l’origine du tout premier timbre au monde ayant pour thème les foraminifères, des micro-organismes marins dont elle s’est fait une spécialité.

C’est l’histoire d’une aventure scientifique. Début mai, en France, aux États-Unis, au Japon, quelques chanceux trouvent dans leur boîte aux lettres un courrier parti du bout du monde, d’un petit bout de terre français situé aux portes de l’Antarctique : les îles Kerguelen. La lettre a été postée près de 4 mois plus tôt, « à bord » du navire scientifique et de ravitaillement Marion Dufresne, comme le précise l’un des nombreux tampons qui ornent l’enveloppe. Autre curiosité : le timbre émis par la collectivité des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), illustré de ce qui ressemble à un joli coquillage. Un foraminifère, en réalité.

L’histoire débute en 2015. Responsable du LPG-Biaf, Frans Jorissen est aussi passionné d’histoire postale. Le professeur de micropaléontologie marine a alors l’idée de solliciter la commission philatélique des Taaf. En vertu de statuts spécifiques, celle-ci édite chaque année une petite dizaine de modèles de timbres originaux, valables uniquement au départ des Taaf. Histoire de changer des images d’oiseaux, bateaux et autres scènes de la vie scientifique, Frans Jorissen leur propose de mettre en vedette les foraminifères, ces micro-organismes unicellulaires qui aident à comprendre l’état actuel et passé des océans.

Foraminifère planctonique

La commission répond positivement en décembre 2015. Une illustratrice, Sophie Beaujard, est nommée. Pour son dessin, l'artiste s’appuie sur une photo, celle d’un foraminifère immortalisé par la plate-forme d’imagerie de l’Université d'Angers, le Sciam.

Long de 0,2 millimètre, ce foraminifère a été pêché en 2012 lors d’une mission dans les terres australes, et étudié par Julie Meilland, dans le cadre d'une thèse encadrée par Hélène Howa. « Le problème, c’est qu’on n’était pas tout à fait sûr du nom de la bestiole », s’amuse Frans Jorissen. Il existe quelque 5000 espèces de foraminifères et leur biologie recèle encore quelques mystères. « On a dû faire des vérifications auprès d’experts internationaux, pour se faire confirmer que nous avions le bon nom ». À savoir : Turborotalita quinqueloba.

Le protozoaire en question est l’une des 52 espèces de foraminifère planctonique. Celle-ci est « typique des eaux très productives des zones subpolaires des Taaf », peut-on lire sur la notice philatélique. Les foraminifères planctoniques appartiennent au micro-zooplancton marin. « Ils vivent en suspension dans l’eau où ils sont passivement entraînés par les courants ».  Protégés par une coquille en calcaire (appelée « test »), ils se nourrissent des autres organismes vivants qui les entourent.

Communication maligne

Frans Jorissen et Emmanuelle Geslin ont annoncé leur passage de relais avec un courrier parti de Port-aux-Français
D’une valeur faciale de 1,24 euro, le timbre est officiellement sorti le 1er janvier 2017. Par un heureux hasard, cette date correspondait aussi au changement de direction à la tête du LPG-Biaf, Frans Jorissen laissant les commandes au professeure Emmanuelle Geslin. Les deux responsables de l’équipe angevine, l’ex et la nouvelle, ont saisi l’occasion. Ils ont commandé 350 des 5000 exemplaires du timbre, et confié le courrier annonçant le passage de relais à l’une des techniciennes de l’unité. « Sophie Terrien partait en mission sur le Marion Dufresne. Elle s’est chargée d’emporter nos enveloppes et de les poster à bord », raconte Emmanuelle Geslin.

Long périple

Aux abords du 50e parallèle, rien n’est tout à fait simple. Les précieuses missives vont connaître quelques péripéties. Pour qu’ils soient valables, les timbres doivent être tamponnés dans l’un des quatre bureaux de postes des Taaf. Le 24 janvier, le Marion Dufresne approche l’un d’eux, à Port-au-Français, aux Kerguelen. « C’est toujours une aventure, explique Hélène Howa, enseignante-chercheuse habituée de ces missions. Il n’y a pas de port à Port-aux-Français. Donc, il faut mettre un zodiac à l’eau, transférer le sac postal, débarquer sur la plage, et trouver le responsable de la base scientifique pour qu’il oblitère le courrier, puis ramener le sac à bord pour que le Marion Dufresne le transporte jusqu’à La Réunion où le courrier intègre le circuit normal ».

Le 24 janvier, une fois le courrier débarqué, une tempête se lève. Le Marion Dufresne doit rapidement s’éloigner de l’archipel. Pas le temps de récupérer le sac postal. Il y restera jusqu’au passage suivant du navire, deux mois et demi plus tard, le 4 avril. Une éternité pour l’homme moderne. Une fraction de seconde pour les foraminifères, apparus il y a 550 millions d’années.

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Mémo

Les recherches du LPG-Biaf s’insèrent dans le thème Environnements, paléo-environnements et bio-indicateurs de l’UMR-CNRS 6112. L'équipe étudie des écosystèmes marins et côtiers, dans l’actuel et dans le passé, pour aborder quatre thématiques :

  1. le fonctionnement des écosystèmes actuels,
  2. la qualité des écosystèmes actuels,
  3. le développement de proxies paléo-océanographiques, et
  4. l’application de ces proxies dans des archives sédimentaires du Quaternaire.

Les principaux outils de recherche sont :

  1. les micro-organismes fossilisables (foraminifères benthiques et planctoniques),
  2. la géochimie (réactions diagénétiques, composition des tests de foraminifères),
  3. la sédimentologie (dynamique et flux sédimentaires).

La stratégie de recherche du LPG-Biaf est basée sur une combinaison d’observations sur le terrain, d’expériences en laboratoire, et d’études de carottes sédimentaires.

L'info en +

Une quarantaine de scientifiques, étudiant.e.s ou chercheur.e.s confirmé.e.s, issu.e.s de divers pays (du Pérou au Japon, en passant par la Russie), prendront part à la première école d’été consacrée aux foraminifères benthiques des écosystèmes côtiers. Organisée par le LPG-Biaf, dans le cadre du programme Fresco, cette summer school se déroulera à l’Université d’Angers du 2 au 7 juillet 2017.

En savoir plus