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Sexualités juvéniles et transgressives - Université Angers

Sexualités juvéniles et transgressives

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L’adolescence, en toute intimité

L'affiche du colloque « Les corps impatients »

Depuis un an et demi, un programme de recherche de l’UA s’intéresse aux « Sexualités juvéniles et transgressives », dans différents pays, sur une période allant des XVIIIe au XXIe siècles. Les chercheurs tentent d’appréhender la parole intime de jeunes, de lui donner corps, notamment à travers le théâtre, et comprendre en quoi elle annonce de possibles évolutions sociales.

Le programme interdisciplinaire a été officiellement lancé en juillet 2015, grâce au soutien de la Commission de la recherche de l’UA. « Le but est de mettre en valeur la place des jeunes en terme de moteurs possibles de changements sociaux ou politiques, à partir de sexualités qualifiées à une époque de transgressives », explique l’historienne Nahema Hanafi. « Nous sommes partis du constat que les jeunes étaient souvent pensés comme des objets et non des sujets dans la recherche, constate son homologue David Niget, également maître de conférences en histoire. On entend un discours médical, judiciaire, on étudie les enfants comme victimes d’une sexualité prédatrice… C’est important. Mais qu’en est-il de leur propre sexualité ? Et comment leurs aspirations, leurs pratiques peuvent être porteuses de changements, sociaux ou politiques, comment peuvent-elles faire évoluer les normes ? »

Des invisibles de l'histoire

Spécialiste de « l’enfance irrégulière », David Niget s’est en particulier penché sur le cas d’adolescentes rebelles, des « déviantes » enfermées en France (au Bon Pasteur à Angers, par exemple), mais aussi au Québec ou en Belgique, certaines pour des comportements aujourd’hui entrés dans les mœurs. « Au XIXe et XXe siècles, des jeunes filles ont été accusées de libertinage, alors qu’on dirait aujourd’hui qu’elles flirtaient. Elles ont ouvert la porte à des changements. Et quelque part, les jeunes d’aujourd’hui sont redevables à celles d’hier », estime celui qui a co-signé le livre Mauvaises filles (lire ci-contre).

Les historiens David Niget et Nahema Hanafi, porteurs du projet
Dans un autre registre, Nahema Hanafi s’intéresse aux castrats napolitains des XVIIe et XVIIIe siècles. Ne pouvant se reproduire, ils ne peuvent, en théorie, aux yeux de l’Église qui les emploie (les femmes étant exclues du chant liturgique), avoir accès au mariage, et donc à la sexualité. La réalité semble toute autre. Des sources institutionnelles donnent une idée de la question. « J’ai tenté de chercher des sources personnelles notamment à Naples, mais en vain pour l’instant », regrette la chercheure.

Autre siècle, autre lieu : la géographe Chadia Arab et le sociologue Christophe Guibert ont travaillé sur les « sociabilités amoureuses » qui se nouent en bord de mer au Maroc, dans les cafés ou sur les plages de Rabat. La géographe s’est également associée à l’anthropologue Nasima Moujoud pour étudier la migration de jeunes marocaines aux Émirats Arabes Unis, où certaines font commerce de leurs charmes (hôtesse, entraîneuse…).

Des enquêtes complexes

Dans tous les cas, enquêter sur ces questions s’avère difficile. Un colloque, intitulé « Les corps impatients », a réuni les 24 et 25 novembre 2016 des chercheurs de divers horizons autour de cette problématique. Les obstacles sont de plusieurs ordres :

  • Rareté des sources ou, à l’inverse, profusion des sources normatives. « Tout le monde a quelque chose à dire sur la sexualité des jeunes, mais il est difficile de retrouver la véritable parole des jeunes derrière ».
  • Une forme de tabou, des jeunes eux-mêmes – « même dans un journal intime, il y a une forme d’autocensure », mais aussi des chercheurs à rendre compte « de propos parfois extrêmement crus ».
  • La difficulté de restituer ce qui a trait aux sentiments avec les outils académiques. « Tout ce que véhicule la sexualité, au-delà de la gymnastique corporelle, n’apparaît pas forcément dans les sources », relève Nahema Hanafi. « Cela nécessite d’être interprété. Et là, on approche de la voie périlleuse de la fiction », complète David Niget.
Le théâtre, outil de compréhension

Pour faire parler les sources, incarner les émotions, faire apparaître les non-dits, le programme, habilité par la MSH Ange-Guépin jusqu’en 2018, a misé sur le théâtre, en associant deux compagnies nantaises (L’Envers libre et À la tombée des nues). « Avec elles, on a par exemple mis en place une conférence performée, présentée notamment au Quai à Angers, dans laquelle on entrecroise un savoir universitaire et une interprétation théâtrale, à partir d’un corpus d’archives. Ce sont les archives qui constituent le texte que les compagnies théâtralisent », résume David Niget. « Le fait que ces archives soient lues, incarnées, permet de leur donner une autre dimension », renchérit sa collègue. Et de conclure ensemble : « Ce n’est pas seulement du théâtre comme mode de valorisation, mais avant tout comme outil d’analyse ».

Mauvaises filles

Dans le cadre du programme « Sexualités juvéniles et transgressives, perspectives transnationales (XVIIIe-XXIe siècles) », David Niget a cosigné avec Véronique Blanchard, responsable du Centre d’exposition « Enfants en justice » à Savigny-sur-Orge, un ouvrage en novembre 2016. Intitulé Mauvaises filles, incorrigibles et rebelles, il dresse, de 1840 aux années 2000, le portrait de 20 mineures sorties du cadre que la société leur imposait. Une « déviance » qui leur vaudra d’être enfermées jusque dans les années 1960.

À partir de nombreuses archives, de lettres, de dessins, les deux auteurs donnent un visage à ces parcours singuliers, et les contextualisent. Des parcours empreints d’énergie, d’un esprit contestataire qui va contribuer à faire évoluer les mœurs. Dans ses revendications, le féminisme reprendra nombre de leurs aspirations : le droit de contester l’autorité paternelle, le droit à disposer de son corps, le droit à la contraception…

À noter : la sortie du livre a été accompagnée d’une exposition présentée au Quai du 12 octobre au 10 novembre 2016. Une exposition sur le même thème sera visible à la Maison de la recherche Germaine-Tillion, du 30 janvier au 22 mars 2017. Une soirée de présentation de l’exposition aura lieu le 2 mars à 18 h, dans le cadre du "Mois du Genre" à l'UA.

La couverture du livre Mauvaises filles

En vidéo

Le 25 janvier 2017, David Niget était l'invité de TV5 Monde. Il est possible de visionner en ligne son entretien.