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Un rapport de référence sur les troubles musculo-squelettiques

À la tête de l’équipe d’Épidémiologie en santé au travail et ergonomie (Irset-Ester), Yves Roquelaure vient de conclure un rapport sur les troubles musculo-squelettiques (TMS). Rédigé à la demande de l’institut de recherche de la Confédération européenne des syndicats, le document démontre comment les maladies qui touchent les articulations, les muscles et les tendons des travailleurs ne sont pas seulement le résultat de répétitions mécaniques, mais dépendent également de facteurs psychosociaux (stress, pratiques managériales…).

L’Union européenne compte 240 millions de travailleurs. Un sur deux se plaint de douleurs, 10 % souffrent de TMS. Autant dire que l’enjeu est de taille, aussi bien en matière de santé que d’économie (absentéisme, perte de qualité pour les entreprises…).

Ces troubles de l’appareil locomoteur sont les maladies professionnelles les plus fréquentes. Les syndicats s’intéressent à la question, mais leurs approches divergent. « Les syndicats du Nord de l’Europe ont une approche très biomécanique, minimisant les facteurs psychosociaux », explique Yves Roquelaure, professeur en médecine et santé au travail.

Face à l’absence de consensus, l’European Trade Union Institute (Etui), qui est l’institut indépendant de recherche européen commun aux syndicats ouvriers, a missionné Yves Roquelaure pour un état des connaissances sur le sujet.

Ce que dit la science

L’enseignant-chercheur de l’UA s’est appuyé sur la littérature scientifique, des enquêtes et travaux européens, notamment ceux menés par l’équipe angevine Irset-Ester qui a fait de cette problématique l’une de ses spécialités.

Le rapport de 82 pages a été publié fin 2018 (il est librement consultable en ligne). Il démontre un lien étroit entre facteurs psychosociaux et TMS.

« D’un point de vue biologique, on sait que l’exposition au stress chronique diminue la réparation naturelle des tendons par exemple, et génère une aggravation de la douleur », résume Yves Roquelaure.

Autre constat : certaines organisations, pratiques managériales se traduisent par une perte de sens pour les travailleurs, un manque de reconnaissance, une moindre coopération entre individus… « Et cela favorise les TMS. Nous l’avons montré depuis de nombreuses années. Il y a moins de risques psychosociaux dans les très petites entreprises de moins de 10 salariés, parce qu’il y a cette notion d’entraide, de coopération que l’on ne retrouve plus quand l’entreprise est plus grande. Les PME de 50 à 150 personnes sont les plus exposées ».

Troisième enseignement : la souffrance psychologique, l’exposition aux difficultés de la vie ou du travail « favorise la chronicité de la douleur, et donc les arrêts de travail ».

Yves Roquelaure
Yves Roquelaure
Conclusion du chercheur : « L’absentéisme est plus lié aux risques psychosociaux qu’aux aspects biomécaniques. Ce qui fait que la prévention peut être complexe, puisque ce n’est pas seulement une réflexion à avoir sur la façon dont on produit, mais aussi une réflexion à mener sur la manière dont on conduit une entreprise, le sens que l’on donne au travail ».

Pour Yves Roquelaure, TMS et risques psychosociaux sont deux syndromes d’un même phénomène : « L’intensification croissante du travail. L’un s’exprime dans le corps, l’autre dans le psychisme ».

Changement législatif ?

Sur la base de ce rapport, les partenaires sociaux européens sont en mesure de faire valoir des arguments auprès de la Commission européenne, et pousser vers une amélioration législative des conditions de travail.

« Dans notre domaine de recherche, nous ne produisons pas de brevet, mais nous avons la fierté de contribuer au débat public, en apportant des éléments concrets, scientifiques aux décideurs ».

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