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Estelle Marion primée - Université Angers

Ses travaux sur l'ulcère de Buruli récompensés

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Deux nouveaux prix pour Estelle Marion

Estelle Marion

Après le prix Jacques-Monod en janvier, Estelle Marion, membre de l'équipe Inserm Atomyca de Laurent Marsollier (CRCNA), vient de recevoir le prix Albert-Sézary de l’Académie nationale de médecine et le prix Charles-Grupper décerné par la société Leo Pharma. Des récompenses qui saluent son implication dans la connaissance des mécanismes impliqués dans l'ulcère de Buruli, et, ouvrent de nouvelles pistes dans la prise en charge de la douleur.

Il a été décrit pour la première fois en 1897 en Ouganda. Mais la connaissance de l'ulcère de Buruli, classé comme « maladie émergente » reste lacunaire. On sait qu'une bactérie, Mycobacterium ulcerans, proche de celles responsables de la tuberculose et de la lèpre, est à l'origine de l'infection nécrosante qui s'attaque à la peau et aux tissus mous, surtout des bras et des jambes, laissant de grandes surfaces de chair béantes. Trente-trois pays, principalement situés en zone tropicale (et particulièrement en Afrique), ont signalé des cas de cette maladie fortement invalidante si elle n'est pas soignée (par un long traitement antibiotique, combiné à de la chirurgie dans les cas les plus graves). Elle touche au minimum 5 à 6 000 personnes par an, surtout des enfants.

Mais comment se transmet le bacille ? Comment agit-il ? Comment mieux lutter contre ?

« Approche globale »

Depuis les années 1990, un chercheur Laurent Marsollier (équipe Inserm Avenir Atomyca du Centre régional de recherche en cancérologie Nantes/Angers, Université et CHU d’Angers) tente de répondre à ces différentes questions. « Nous avons une approche globale, relève Estelle Marion, microbiologiste de 29 ans qui a rejoint l'équipe angevine en 2009, en fin de master. Nous étudions les différentes facettes de la maladie, pour mieux comprendre ses différents aspects. Nous sommes aussi bien capables d'aller pêcher la punaise aquatique, qui est un des hôtes et vecteurs de transmission de la bactérie, que d'étudier les interactions entre la toxine qu'elle libère et les cellules neuronales ».

Estelle Marion a étudié les punaises aquatiques au Cameroun en 2009
Ce dernier point a fait l'objet d'une publication remarquée, dans la revue internationale Cell, en juin 2014. « L'aboutissement de 5 ans de recherches », souligne Estelle Marion, l'une des trois premiers auteurs de cet article publié sous la direction de Laurent Marsollier et Priscille Brodin (Inserm Lille).

Tout est parti d'une constatation de terrain : « L'ulcère de Buruli engendre des plaies, des lésions, mais qui ne sont pas douloureuses dans un premier temps ». Les personnes infectées réagissent moins que pour une simple égratignure. « La communauté scientifique a longtemps cru que c'était parce que la bactérie, et plus précisément la toxine qu'elle libère, la mycolactone, détruisait les tissus sensoriels. Il n'y avait plus de sensibilité, donc plus de douleur. Mais ça ne tenait pas : à un stade avancé, les gens retrouvent la sensation de douleur. Idem lorsqu'ils sont sous antibiotiques ».

L'étude publiée dans Cell livre la clé : « On a montré que la toxine va s'accrocher à un récepteur neuronal, explique Estelle Marion, et que cette interaction déclenche une cascade de réactions, et, qu'à la fin, l'effet est une hyper-polarisation : le neurone ne peut plus faire voyager le signal douleur ». Par ce stratagème, la bactérie annihile la réaction du patient, et peut tranquillement s'installer et proliférer. « C'est une de ses stratégies pour coloniser ses hôtes ».

Pouvoir antidouleur

La découverte n'a pas seulement un intérêt pour lutter contre l'ulcère de Buruli. « La cascade de réactions que nous avons décrite, qui empêche la transmission de la douleur, n'était pas connue. Elle pourrait permettre de développer de nouvelles voies dans la prise en charge de la douleur », et le développement de molécules antalgiques. La balle est dans le camp d’autres chercheurs.

Estelle Marion, elle, poursuit son combat contre l'ulcère de Buruli. Après avoir soutenu sa thèse en 2012 et passé un an et demi au Bénin, notamment à former les techniciens d'un hôpital à la confirmation moléculaire du diagnostic, la microbiologiste a réintégré l’équipe de Laurent Marsollier et les locaux de l'IBS à Angers, comme post-doctorante d’abord, puis, depuis septembre dernier, en tant que chargée de recherches Inserm.

Avec ses collègues, elle concentre aujourd’hui ses efforts sur l’un des autres « mystères » de l'ulcère de Buruli : la cicatrisation spontanée. « Nous essayons de comprendre pourquoi et comment certains patients, non-traités, vont être capables au bout d'un certain temps de maîtriser la maladie. Quel phénomène fait que, chez eux, l'infection s'éteint ? »

Outre les soutiens institutionnels (Inserm, Université et CHU d’Angers), les travaux de l'équipe bénéficient de l'aide de la Région Pays de la Loire, de l’ANR (Infect-Era) et de la fondation Raoul-Follereau.

 

En savoir plus sur l'ulcère du Buruli (attention, certaines images peuvent choquer) :

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Déjà trois prix

  • Le 28 janvier 2015, à Paris, Estelle Marion a reçu le prix Jacques-Monod attribué par la Fondation de France. Doté de 6 à 8000 euros, ce prix distingue depuis 1979 un ou plusieurs jeunes chercheurs évoluant dans des laboratoires français, ayant entrepris des travaux portant sur les aspects moléculaires des régulations cellulaires.

  • Le 12 décembre 2015, au Carrousel du Louvre, à l’occasion des Journées dermatologiques de Paris, la microbiologiste angevine s’est vu remettre le prix Charles-Grupper, pour l’article publié dans la revue Cell. Ce prix doté de 6500 euros, financés par l’entreprise Leo Pharma, salue chaque année un article signé par un jeune clinicien ou chercheur de moins de 45 ans, dans le domaine de la dermatologie, en recherche fondamentale ou clinique.

    Estelle Marion, lors de la remise du prix Charles-Grupper

  • Le 15 décembre 2015, nouvelle cérémonie à Paris, à l’Académie nationale de médecine. Estelle Marion a été récompensée du prix Albert-Sézary. Doté de 7500 euros, il met à l’honneur « un jeune chercheur digne d’intérêt ».

    Estelle Marion, à l'Académie nationale de médecine