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Séparés par des virgules

Vers des alternatives aux traitements chimiques des hortensias

L’Institut de recherche en horticulture et semences (IRHS) et l’entreprise Hortensias France Production viennent de créer un laboratoire commun (Labcom). Le but : développer des méthodes alternatives aux traitements chimiques des jeunes hortensias.

Hortensias France Production est spécialisée dans la culture de jeunes plants, qu’elle vend en pots à des professionnels chargés de les faire fleurir. Quelque 2,5 millions de plantes sortent chaque année de l’entreprise basée à Soucelles (49). Les 9/10e partent à l’étranger, principalement en Hollande, au Danemark et en Norvège.

La production de ces hortensias dits « en vert », c’est-à-dire prêts pour leur première floraison, est un processus long et complexe. Deux années sont nécessaires, durant lesquelles les plants vont être exposés à différents traitements : de l’engrais pour leur croissance, des fongicides pour lutter notamment contre le champignon Botrytis, des produits nanifiants pour obtenir des plantes compactes, et, parfois, des apports en sulfate d’alumine qui donne la couleur bleue à certaines variétés.

Préserver l’environnement

Hanaé Roman et Nathalie Leduc co-dirigent le Labcom Match
Hanaé Roman et Nathalie Leduc co-dirigent le Labcom Match
Hortensias France Production et certains chercheurs de l’IRHS, qui collaborent depuis une vingtaine d’années, ont décidé d’unir leur savoir-faire dans un Laboratoire commun de recherche, un Labcom baptisé « Match » pour « Méthodes alternatives aux traitements chimiques de l’hortensia ».

L’enjeu est triple : limiter les apports pour protéger l’environnement et la santé humaine tout en garantissant une haute qualité des plantes, répondre à la législation découlant du plan Écophyto qui va réduire, voire interdire l’usage de certaines molécules chimiques, et diminuer les coûts de production.

Lancé le 1er mars 2019, le projet a reçu le soutien de l’Agence nationale de la recherche. L’ANR lui a octroyé une dotation de 300 000 euros sur 3 ans.

Co-dirigé par Nathalie Leduc, maître de conférences en biologie végétale à l’UA, et Hanaé Roman, responsable R&D chez Hortensias France Production, le Labcom va mobiliser les moyens humains et de production de l’entreprise et une douzaine de chercheurs et techniciens de l’IRHS, issus de quatre équipes : Arch-E (architecture des plantes ornementales et environnement), GDO (génétique), FungiSem (pathologies), ImHorPhen (imagerie et phénotypage). Un doctorant financé par une bourse Cifre, deux ingénieurs d’études et dix étudiants de master complèteront les effectifs engagés.

Trois grands axes de recherche ont été définis. Le premier vise à réduire l’usage de fongicides. « Nous allons rechercher des champignons antagonistes à Botrytis parmi la flore présente sur les hortensias, qui pourraient empêcher le développement de Botrytis », explique Nathalie Leduc. Des traitements lumineux, avec des UV-C, et une stimulation mécanique des plants visant à renforcer leurs défenses naturelles, sont également envisagées.

Recherche appliquée

Un autre axe se focalise sur les alternatives aux produits nanifiants, « en utilisant de la lumière enrichie en bleu ou une stimulation mécanique qui va freiner le développement de la plante en hauteur et favoriser sa ramification ». La gestion de la fertilisation est aussi au cœur du projet, avec la mise au point d’une « fertilisation de précision pour chacune des variétés ».

Le travail sur ces trois axes s’accompagnera d’une étude « des marqueurs génétiques et moléculaires caractérisant les variétés d’hortensias. Et nous développerons des méthodes de phénotypage par imagerie et outils d’intelligence artificielle pour analyser les réponses des plantes aux traitements alternatifs ».

Les recherches seront menées sur le Campus du végétal mais aussi au plus près des champs, serres et frigos de l’entreprise. « Nous ne souhaitons pas avoir de biais entre les conditions de laboratoire et les conditions réelles de production, insiste Nathalie Leduc. L’idée, c’est bien que les résultats puissent être appliqués sur le terrain ».

À terme, le programme débouchera sur plusieurs outils d’aide à la décision qui contribueront à une production plus durable de l’hortensia.

Les champs suivis d'un astérisque * sont obligatoires

Le 4e Labcom angevin

Un Labcom est un laboratoire commun qui associe un laboratoire universitaire de recherche et une société industrielle. Créé en 2013, ce programme est l’une des mesures pour l’innovation décidées par le gouvernement pour apporter une nouvelle dynamique de transfert de la recherche publique vers le monde industriel français.

Les objectifs du programme Labcom sont d’accompagner la croissance des PME et ETI par l’accès à la recherche publique.

Depuis 2013, plus d’une centaine de Labcoms ont été labellisés par l'ANR, dont quatre à l’Université d’Angers (dans l’ordre chronologique) :

  • Nextbone, avec l'unité Gerom, sur le remodelage osseux
  • Estim, avec l'IRHS, sur l’évaluation des stimulateurs des plantes
  • FeedinTech, avec l’unité Sonas, sur la nutrition animale et les additifs d’origine végétale
  • Match

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