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Introduction à Aron - Université Angers

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Redécouvrir Raymond Aron

Gwendal Châton, auteur d'une "Introduction à Raymond Aron"

Gwendal Châton, maître de conférences en science politique à l’Université d’Angers, vient de signer une introduction à la pensée politique de Raymond Aron (1905-1983), ouvrage qui permet de remettre en lumière cet intellectuel marquant du XXe siècle.

La gauche avait Jean-Paul Sartre et le détestait. La droite s’est accaparée Raymond Aron, en insistant notamment sur son anticommunisme et sa critique de Mai 1968. Mais « en réduisant ainsi Aron à certaines de ses interventions dans la Cité, perçues de manière simplifiée des deux côtés du spectre politique, ces lectures idéologiques ont largement participé à l’occultation de ce qui reste pourtant l’une des grandes pensées politiques du XXe siècle », regrette d’emblée Gwendal Châton, dans son « Introduction à Raymond Aron ».

L’enseignant-chercheur de 41 ans n’a pas vécu la rivalité Aron/Sartre. Ni subi le contexte de la Guerre froide dans lequel se sont forgées leurs pensées et s'est cristallisé leur antagonisme. Il fait partie de cette nouvelle génération de chercheurs, français et internationaux, qui se penchent avec recul et sérénité sur les idées d'Aron, délaissé pendant deux décennies après sa disparition à l’aube des années 1980. « Aron a rapidement rejoint la catégorie des “classiques”, ceux que l’on cite, mais qu’on ne lit plus, constate Gwendal Châton. Nous sommes quelques-uns à essayer de lui redonner la place qui lui revient, sans verser dans l’idolâtrie, mais en reconnaissant qu’il a apporté quelque chose de décisif à la théorie politique ».

Gwendal Châton a croisé le chemin de l'intellectuel lors de son doctorat en science politique, qui portait sur l’histoire intellectuelle de la mouvance libérale française. Aron y figurait déjà en bonne place. Après avoir soutenue sa thèse en 2006 à Rennes, le jeune chercheur du Centre Jean-Bodin s'est intéressé à d’autres aspects de la pensée de celui qui fut à la fois philosophe, historien, sociologue, politologue et éditorialiste au Figaro.

Les multiples facettes d'Aron

Dans l’ouvrage paru en mars dernier aux éditions La Découverte, Gwendal Châton commence par retracer l’itinéraire de ce « spectateur engagé », comme Aron avait choisi de se définir, ce jeune « bourgeois socialisant » qui rejoint Londres et la France libre dès juin 1940, anticommuniste car anti-totalitaire, et « soutien critique » du gaullisme. Il explore ensuite les différentes facettes de sa pensée politique (la sociologie des sociétés modernes, la philosophie politique, l’analyse des relations internationales, la philosophie de l’histoire), et livre le sens et le devenir de son œuvre. « Dans ce livre, j’ai essayé de combiner deux niveaux de lecture : il s’agit à la fois d’un ouvrage pédagogique à destination de ceux qui découvrent la pensée d’Aron, mais aussi d’un essai à destination des lecteurs avertis par lequel je livre ma propre interprétation de son œuvre ».

Une œuvre et un parcours caractérisés par « la recherche de l’indépendance et la capacité à évoluer à contre-courant, mais aussi par une lucidité qui a été souvent rappelée – il est vrai au risque de lasser », explique l’auteur. « C’est quelqu’un qui a immédiatement perçu les enjeux du nazisme, alors que ni la gauche ni la droite ne les voyaient clairement. Il a aussi très tôt fait le constat que la gauche est souvent en difficulté lorsqu’elle se confronte au pouvoir. Et en même temps, il exècre le culte du chef dans le gaullisme, qu’il juge trop conservateur… C’était quelqu’un de très libre et donc aussi de très seul, même s’il ne faut pas exagérer sa solitude : il a été très tôt reconnu à l’étranger et a su agréger autour de lui, dès les années 1960, un groupe d’amis et de fidèles ».

L’actualité d’Aron

Relations internationales, transformations de la guerre, évolution des démocraties, crise de la représentation politique, etc. Se replonger aujourd’hui dans la pensée aronienne peut aider à éclairer l'actualité. Se méfiant des dogmes charriés par les idéologies, refusant de fétichiser les variables sociales, Aron appelle tout simplement à penser la politique en restant en prise avec le réel, qu'il tente de saisir par une approche pluridisciplinaire. Il affirme en effet avec constance le rôle central du politique, « ordre instituant, indispensable à l’existence et au bon fonctionnement de toute société », résume Gwendal Châton. Et ce, même si la lutte pour l’accession ou la conservation du pouvoir ne donne pas toujours une image très positive de cette sphère d’activité. Il n’en reste pas moins que la recherche du bon régime, du gouvernement juste, n’est pas moins urgente aujourd’hui qu’hier.

« Quelle ultime leçon peut-on retenir de la science politique d'Aron ? », se demande l'auteur en conclusion. « Sans doute qu'elle nous invite à ne pas désespérer de la politique en dépit de son impureté : si elle ne nous permet jamais d'accéder à une solution absolument conforme à nos idéaux, ce n'est pas une raison suffisante pour s'en détourner ».

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Pratique


« Introduction à Raymond Aron », de Gwendal Châton, est paru en mars 2017,
aux éditions La Découverte,
dans la collection Repères.

125 pages.

N°ISBN : 978-2-7071-8566-2

Prix : 10 €

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