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Formes brèves et adolescence

Depuis près d’un an, le programme de recherche Fobrad conduit par le Cirpall questionne les liens entre adolescence et formes brèves. Un colloque international sur cette thématique s’est tenu à l’UA, du 19 au 21 juin 2019. Maître de conférences en études anglophones, Karima Thomas pilote le programme avec Cécile Meynard, professeure de littérature française.

Pourquoi s’intéresser aux rapports entre formes brèves et adolescence ?

Karima Thomas : Notre unité, le Cirpall, a défini quatre axes principaux de recherche, dont les formes brèves. Nous travaillons sur les formes brèves narratives, mais aussi audiovisuelles, graphiques, c’est-à-dire aussi bien les nouvelles, les poèmes, que les messages sur les réseaux sociaux, les graffitis, les bandes annonces, les court-métrages… Nous avons constaté que plusieurs études sont publiées sur le lien entre formes brèves et enfance, mais très peu de travaux existent sur le lien entre formes brèves et adolescence. De là est né le projet « Fobrad », pour « Formes brèves et adolescence ».

Cette thématique a été au cœur du colloque qui a eu lieu à la Maison de la recherche Germaine-Tillion…

KT : Oui. Ce colloque que j’ai organisé avec mon collègue François Hugonnier vient compléter et couronner une séries de journées d’études et de séminaires sur différents aspects liés à la forme brève et l’adolescence. Depuis octobre, notre laboratoire a ainsi organisé quatre journées d’études thématiques, par exemple, sur l’impact des nouvelles technologies, sur la voix des adolescents, les enjeux didactiques…

Les intervenants du colloque organisé dans le cadre du programme Fobrad
Les intervenants du colloque organisé dans le cadre du programme Fobrad
Pour le colloque, soutenu entre autres par l’UA, l’UCO, l’Institut des Amériques et le programme Enjeu[x], nous avons essayé de rassembler des spécialistes de différentes disciplines : littérature, linguistique, mais aussi psychologie, sociologie, histoire, sciences de la communication… Soit 26 intervenants en tout, dont 10 étrangers, et 4 invités d’honneur, dont Michael Cart, un auteur américain et un expert de la littérature pour jeunes adultes. Il a publié 23 ouvrages, dont des recueils comme Love & Sex : Ten stories of truth, et il a édité de nombreuses anthologies pour adolescents.

Les pratiques éditoriales américaines sont un peu différentes de celles adoptées en France : des éditeurs se fixent un thème et commandent des nouvelles à des auteurs ou agrègent des textes existants pour produire un ouvrage qui représente des adolescents ou qui s’adresse aux adolescents. Michael Cart nous a donné une perception culturellement très différente du milieu de l’édition pour les adolescents.

Nous avons aussi eu droit à une belle présentation de Claude Chastagner, professeur de civilisation américaine à l’université Paul-Valéry de Montpellier, sur la musique et en particulier la persistance des singles, depuis les 45 tours à Youtube.

De manière plus générale, le programme et le colloque nous amènent à nous interroger sur le développement des jeunes, et la notion d’adolescence, dont les contours évoluent en permanence. Les formes brèves font écho à la double contrainte du dit et du non-dit de cet entre-deux qu’est l’adolescence. La compacité sémantique et poétique inhérente à l’économie des formes brèves entre en résonance avec les interrogations des adolescents en recherche de ressources cognitives et émotionnelles qui à la fois leur lancent des défis et les rassurent.

Une autre interrogation explorée lors de ce colloque était de savoir si les jeunes parlaient à travers les formes brèves ? Celles-ci permettent des expérimentations insolites, qui répondent potentiellement aux besoins créatifs des adolescents. D’ailleurs, on constate que les formes brèves produites par des adolescents sont très riches, quantitativement au moins. Les linguistes parlent même d’un nouveau sociolecte utilisé par la communauté des adolescents dans leurs modes d’expression en ligne. Plusieurs formes brèves étudiées pendant ce colloque révèlent l’intérêt des jeunes pour l’innovation et les possibilités que leur donnent les formes brèves pour expérimenter des formes insolites. Les crack-vids, les récits en vers, les Insta-poésies, les fan fictions sont autant d’exemples.

Et maintenant, quelles suites pour le programme Fobrad ?

KT : Il nous reste une journée d’études qui aura lieu en octobre, sur la thématique de la métamorphose par le biais des formes brèves théâtrales. Le colloque va donner lieu à deux publications, en anglais et en français, et nous préparons un ouvrage collectif.

Nous allons continuer à explorer le lien entre adolescence et formes brèves à l’avenir, en répondant à un appel à projets à l’échelle européenne (ANR ou H2020). Notre objectif est de fédérer des chercheurs de différentes disciplines, avec de nombreux apports des sciences humaines pour enrichir la recherche sur la thématique.

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