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Etienne Bucher ERC Consolidator - Université Angers

Épigénétique des plantes

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Végétal : Étienne Bucher, lauréat de la prestigieuse bourse européenne ERC

Étienne Bucher dans une chambre de culture de plantules

Comment rendre les cultures plus résistantes au changement climatique ? La solution pourrait venir d’Angers. Chercheur à l’Institut de recherche en horticulture et semences (Université d’Angers, Inra, Agrocampus Ouest), l'épigénéticien Etienne Bucher vient de se voir attribuer l’ERC Consolidator, bourse très convoitée décernée par le Conseil européen de la recherche. Ses travaux pourraient permettre de créer des plantes capables de s’adapter plus rapidement aux nouvelles menaces, sans avoir recours aux croisements ou transformations génétiques. Une troisième voie prometteuse pour nourrir la planète demain.

Etienne Bucher est l’un des pionniers de l’épigénétique. Depuis 10 ans, à Vienne, à Genève, à Bâle, puis à Angers, le chercheur étudie « la mémoire des plantes ». Autrement dit : comment elles sont capables de réagir plus efficacement à une agression grâce à l’expérience vécue par les générations précédentes.

La transmission de cette information passe par « les éléments transposables » qui, en cas de nouvelle attaque, vont entraîner l’activation de certains gènes pour répondre à ce stress.

Dans le cadre du programme Epicenter, lancé en septembre 2014, Etienne Bucher et son équipe observent les phénomènes à l’œuvre chez une plante modèle, Arabodopsis, ainsi que chez les pommiers et les rosiers, deux productions incontournables de l’Anjou (20 % de la production française de pommes). Objectif : les rendre plus résistantes aux maladies et influencer certaines caractéristiques (couleur et taille du fruit par exemple).

Le projet Bungee (Breeding using jumping genes), présenté devant le Conseil européen de la recherche, vise à aller beaucoup plus loin. « Avec le changement climatique, on peut s’attendre à plus de sécheresse, plus de sel dans les sols, ou plus de pluie dans certaines régions. Le but de notre projet est de pouvoir adapter les plantes à ces nouveaux stress, indique le Franco-Suisse de 41 ans. Ce que je propose, c’est d’utiliser les éléments transposables des plantes pour améliorer leur résistance ».

« On accélère la nature »

L’équipe angevine a mis au point un traitement qui permet aux éléments transposables de se multiplier plus vite, d’être davantage en mouvement sur le génome, et d’activer plus de gènes de protection à un stress.

Grâce à ce procédé inédit, « on peut arriver en 1 an à une évolution qui aurait pris 10 000 ans dans la nature. On accélère une évolution naturelle, pour que la plante s’adapte plus rapidement à un stress abiotique ou biotique ».

Il ne s’agit pas d’une sélection génétique (par croisement de plantes, très long), ni d’une modification génétique (OGM), mais « d’une nouvelle voie. L’avantage, c’est qu’on peut utiliser la meilleure lignée d’une plante, avec ses meilleures caractéristiques, mais en la faisant évoluer dans une direction voulue. Cette méthode peut avoir un effet très important sur la façon dont on crée de nouvelles variétés ».

Du soja pour l'Europe

L'équipe d'Étienne Bucher travaille dans les locaux de l'IRHS à Angers (Campus du végétal)
Au cours des cinq prochaines années, l’équipe de l’IRHS a prévu d’expérimenter cette technique sur une variété de soja, intéressante au plan nutritif mais jusqu’ici sensible au froid. Après évolution, des essais de culture seront réalisés en Suisse. « Aujourd’hui, l’Europe importe 32 millions de tonnes de soja par an, d’Amérique du Sud essentiellement, et n’en produit que 1 million. Nos travaux pourraient palier ce déficit sur une culture essentielle, pour l’alimentation animale notamment ». Une autre application portera sur le riz, en lien avec un partenaire taïwanais. Les pommiers seront aussi étudiés.

La bourse ERC Consolidator, dotée de près de 2 millions d’euros (1,965), va permettre d’étoffer les moyens humains de l’équipe, aujourd’hui composée de neuf chercheurs, techniciens et ingénieurs. Trois post-doctorants et autant de doctorants seront recrutés sur la durée du programme. L’enveloppe servira également à financer les travaux de création des plantes, de séquençage génomique et d’analyse des données.

Deux congrès internationaux sont aussi prévus. Le premier aura lieu en 2018 à Angers.

ConnecTalent

Etienne Bucher a rejoint Angers et l’IRHS en 2014 suite à l’appel à projets ConnecTalent, lancé par le Conseil régional des Pays de la Loire. Par ce dispositif, la Région entendait attirer des chercheurs internationaux de renom et leur donner les moyens de conduire des projets scientifiques à fortes potentialités.

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Une première pour l'UA

L’ERC Consolidator vise à donner une dimension supérieure à un groupe de recherche existant dans un domaine novateur. Chaque année, les lauréats de cet appel à projets sont retenus au terme d’une sélective évaluation (examen d’un pré-projet, d’un dossier, puis oral à Bruxelles). En 2015, seuls sept chercheurs européens ont vu leur projet financé dans la catégorie Sciences de la vie appliquées, dont dépendent les travaux d’Etienne Bucher.

Le chercheur angevin s’est dit très honoré d’avoir été retenu par le jury international : « Au niveau européen, il n’existe rien de comparable en matière de financement et de prestige ».

C’est la première fois qu’un membre de l’Université d’Angers obtient cette bourse créée en 2007.

Bio express

  • 1975 : naissance en Suisse

  • 2001 : master en génétique à l’Université de Bâle (Suisse)

  • 2005 : doctorat en virologie végétale à l’Université de Wageningen (Pays-Bas)

  • 2005-2006 : post-doctorat en épigénétique des plantes à l’institut Gregor Mendel de Vienne (Autriche)

  • 2007-2011 : post-doctorat à l’Université de Genève (Suisse)

  • 2011-2014 : dirige un groupe de recherche à l’Université de Bâle (Suisse)

  • Septembre 2014 : rejoint l’Institut de recherche en horticulture et semence (IRHS), à Angers