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Anti-moustiques - Université Angers

Utile contre les moustiques, le DEET pourrait favoriser les cancers

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Anti-moustiques : un lien entre DEET et croissance tumorale

Gros plan sur un moustique

L'été est là, avec ses tracas. Les produits anti-moustiques, indispensables pour se protéger de certaines maladies, sont parfois présentés comme dangereux. Qu’en est-il ? Une équipe de pharmaciens de l’Université d'Angers a mené une étude sur les liens entre cancer et l’un des répulsifs, le DEET.

Une balade, un pique-nique auprès d'un lac, une soirée qui tarde en terrasse… C’est sûr, l’été est bel et bien là ! Mais l’été c’est aussi une tenue légère, la peau qui transpire, une irrésistible envie de profiter de la douceur des soirées et un bruit inévitable. Un léger son qui ne s’entend presque pas, mais qui énerve. Un tout petit bourdonnement aigu qui empêche de dormir… L’été est également la saison des moustiques, et quoi de plus désagréable que d’être agressé par cet insecte aux allures pourtant insignifiantes. Si le bruit du moustique est tant dérangeant, c’est aussi parce qu’il rappelle les démangeaisons obsessionnelles et compulsives que provoque sa piqûre, bien que celles-ci disparaissent en quelques jours.

Les moustiques vecteurs de maladies

La piqûre du moustique constitue une porte d’entrée pour certaines maladies parasitaires ou virales telles que le paludisme, la dengue ou le chikungunya. Aujourd’hui, plus de 2,5 milliards de personnes sont exposées à ces maladies vectorielles transmissibles (MVT), entraînant plus d’un million de décès par an dans le monde dont la majorité sont des enfants âgés de moins de 5 ans. Afin de prévenir ces maladies, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’utiliser des moustiquaires ainsi que des répulsifs anti-moustiques à base d’icaridine, d’IR3535 ou de DEET.


Parmi ces trois répulsifs, le DEET apparaît comme le plus efficace, avec une protection pouvant durer 4 à 5 heures. Il est commercialisé en France sous forme de lotions ou de sprays à appliquer sur la peau et les vêtements, à une concentration maximale de 50 %. Cependant, une fois sur la peau, le DEET peut être absorbé par voie cutanée, c’est-à-dire qu’il peut traverser la peau et se retrouver dans le sang, et, par conséquent, dans l’ensemble de l’organisme. De plus, le passage du DEET à travers la barrière cutanée peut être favorisé lorsqu’un écran solaire est appliqué concomitamment, ce qui est souvent le cas en été. Le DEET est relativement bien toléré s’il est utilisé selon les recommandations de l’Institut de veille sanitaire (InVS) (voir le tableau).

Les effets indésirables les plus fréquents peuvent se traduire par un effet local cutané avec des irritations ou des rougeurs, ou au niveau systémique avec notamment une altération des fonctions cognitives et des crises de type épilepsie, particulièrement chez les enfants.

Quel lien entre DEET et cancer ?

Certaines études tendent à montrer un lien entre l’exposition chronique au DEET et une augmentation de la croissance tumorale. En collaboration avec d’autres équipes de recherche de l’Université d’Angers mais également de Bordeaux et d’Orléans, nous avons cherché à vérifier cette hypothèse et comprendre par quels mécanismes le DEET pourrait accroître le développement tumoral.

Des études sur des souris nous ont permis de mettre en évidence que le DEET était effectivement capable de potentialiser la croissance tumorale. En effet, lorsqu’une souris est atteinte d’un cancer et qu’elle est exposée au DEET, sa tumeur se développe d’autant plus vite. Lors de l’analyse, nous avons observé que les tumeurs de souris exposées avec du DEET comprenaient plus de vaisseaux sanguins que les tumeurs des souris non exposées au répulsif. Cela signifie que le DEET augmente la vascularisation tumorale, phénomène qui est appelé « angiogenèse ».

Une tumeur a besoin d’oxygène et de nutriments pour se développer, éléments apportés par le sang. Une fois la tumeur arrivée à une certaine taille, le flux sanguin avoisinant ne suffit plus pour alimenter celle-ci. La tumeur peut alors stimuler le développement de nouveaux vaisseaux sanguins à partir de vaisseaux préexistants afin que ceux-ci satisfassent les besoins en oxygène et en nutriments. Cette vascularisation tumorale a deux principales conséquences. D’abord, elle permet à la tumeur de poursuivre son développement. Ensuite, elle accroît le contact entre les cellules tumorales et les vaisseaux sanguins ce qui favorise l’apparition de métastases. Les expériences sur animal mais également sur cellules humaines nous ont permis de confirmer que le DEET augmentait la croissance tumorale uniquement à travers cet effet pro-angiogénique, donc sans effet direct sur les cellules tumorales.

Ainsi, le DEET n’est pas carcinogène, c’est-à-dire que « le DEET ne donne pas le cancer », mais il favorise la croissance tumorale à travers une augmentation de sa vascularisation.

Et en pratique ?

Parce que ces études collaboratives ont été réalisées sur des cellules humaines et sur des tumeurs humaines portées par des souris, l’impact du DEET dans l’angiogenèse tumorale doit maintenant être évalué chez l’Homme.

Néanmoins, le principe de précaution implique que les patients souffrant de cancer ou présentant un antécédent de cancer évitent d’utiliser ce produit pour se protéger des piqûres de moustique et/ou des maladies vectorielles. Afin de limiter au maximum l’absorption cutanée du DEET, les recommandations d’application doivent absolument être respectées et si un écran solaire est également appliqué, celui-ci doit être appliqué en premier sur la peau, le répulsif pouvant ensuite être appliqué au moins 15 minutes après.

 Grégory Hilairet (laboratoire Sopam), Samuel Legeay (Mint), Véronique Marchais (Sifcir), Nicolas Clere (Mint) et Sébastien Faure (Mint), coordonnateur de l’étude

À propos des auteurs

Alors que plusieurs équipes angevines travaillaient sur différents aspects du DEET (mécanisme d’action chez le moustique, toxicité humaine…), il paraissait légitime que ces chercheurs unissent leurs efforts.

Cette tribune s’appuie sur les travaux publiés dans la revue Scientific Reports (1). Ils sont issus de collaborations angevines (équipes de recherche des pôles santé et végétal de l’UA) mais aussi nationales (avec l’Université de Bordeaux, la société Greenpharma à Orléans).

Véronique Marchais, Samuel Legeay, Nicolas Clere et Sébastien Faure sont docteurs en pharmacie respectivement diplômés des facultés de Limoges, Angers, Besançon et Limoges, docteurs d’université et enseignants-chercheurs au sein du Département pharmacie de l’UFR Santé de l’Université d’Angers.

(1) Référence de l’article : Legeay S, Clere N, Hilairet G, Do GT, Bernard P, Quignard JF, Apaire-Marchais V, Lapied B, Faure S. The insect repellent N,N-diethyl-m-toluamide (DEET) induces angiogenesis via allosteric modulation of the M3 muscarinic receptor in endothelial cells. Scientific Reports, 2016, 6, 28546.