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S2CA 2016 - Université Angers

Colloque S2CA 2016

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Objets connectés : le « oui, mais… » des médecins

Montre connectée

Le 25 novembre 2016, l’UA et son UFR Santé ont organisé le 1er colloque Science et santé connectées à Angers (S2CA). Une centaine de personnes ont assisté aux conférences et ateliers à Terra Botanica, autour d’une question centrale : quel est l’intérêt des objets connectés dans le domaine de la santé ? Atout, gadget ou nuisance ? Plusieurs professionnels ont fait part de leur expérience. Extraits.

Médecine générale

Dr Éric Couhet, médecin généraliste à Cholet, président-fondateur de l’association Connected doctors : « J’ai longtemps exercé en milieu isolé, dans un "désert médical". C’est ce qui m’a fait me tourner vers les objets connectés. Depuis 3 ans, je propose à certains patients de s’équiper en dispositifs médicaux connectés : glucomètre pour les diabétiques, tensiomètre, oxymètre… C’est un contrat social que je passe avec eux.

Je me suis aperçu qu’avec les 350 patients qui ont aujourd’hui adhéré à la démarche, il y a une meilleure observance des traitements. Je vais aussi pouvoir dépister des facteurs prédictifs précoces. Ça me permet de personnaliser la prise en charge, d’optimiser l’éducation à la santé… Le patient devient un véritable acteur de sa santé. Cela peut aussi faciliter le maintien à domicile des personnes âgées et constituer une partie de la réponse aux déserts médicaux, grâce au gain de productivité que l’on peut en attendre. Même si, aujourd’hui, il n’existe aucune interaction entre les logiciels médicaux utilisés en cabinet et les objets connectés. Je suis obligé de tout reprendre. Autre écueil : rien n’est prévu dans le parcours de soins ».

 Urgences

Dr Julien Verchère, urgentiste au CHU et Samu d’Angers : « Le premier objet connecté qu’on a tous désormais dans notre blouse, c’est le smartphone. Pourquoi l’utilise-t-on ? Pour l’aide à la prescription médicamenteuse essentiellement, avec une application qui ne nécessite pas de connexion internet… On l’utilise aussi parfois pour envoyer des photos, notamment au centre des grands brûlés. Il existe une application pour cela. Mais, globalement, le nombre d’applications est limité en médecine d’urgence.
Julien Verchère, urgentiste au CHU d'Angers
Il y a une chose qui nous manque, c’est la visio. Lorsque l’on est à distance, voir le patient nous aiderait au diagnostic. On pourrait aussi montrer aux témoins comment faire un massage cardiaque par exemple. Un autre chose intéressante serait d’avoir les informations de télé-alertes. À partir de 2018, les véhicules neufs seront équipés d’une balise qui préviendra les secours en cas d’accident. Ceci a été très étudié par les Américains. Au vu de la décélération enregistrée par le véhicule, les urgentistes peuvent déjà avoir une idée de la gravité de la situation.
Des Samu, comme celui de Rennes sont équipés de Google Glass. Elles permettent, tout en étant en intervention, d’être en communication avec des spécialistes de telle ou telle discipline.
Avec tous ces objets, on peut se demander si l’on ne va pas vers la fin du médecin ? Pas encore. Des études ont été réalisées. Si l’on donne les mêmes symptômes à une machine et à un médecin, c’est encore l’humain qui obtient les meilleurs scores de diagnostic ».

Activité physique et sportive

Pr Pierre Abraham, cardiologue responsable du service Explorations fonctionnelles de l’exercice au CHU d’Angers : « Dans le domaine physique et sportif, l’objet connecté est la version moderne du "Connais-toi toi-même" de Socrate.
Il y a deux niveaux de capteurs connectés. Ceux grand public : les GPS, bracelets connectés, etc. Il en sort à peu près tous les jours. Et les dispositifs professionnels. Dans les sports de combat, on trouve par exemple des sortes de bonnets connectés, qui n’empêchent pas les boxeurs de se prendre des coups, mais renseignent le physiologiste sur la violence de l’impact. Est-ce utile au sportif ?
Pierre Abraham a témoigné de la place des objets connectés dans le sport
Le problème, c’est que tous ces objets sortent plus vite que la validation qui peut en être fait. Sans parler des pannes ou bugs. Dernièrement, un patient est venu me voir parce que son cardiofréquencemètre lui indiquait 180 battements par minute quand il courait. Je lui ai demandé s’il ressentait quelque chose, des palpitations ? Non, et en effet il était en bonne santé. Pas son capteur.
Un autre problème est lié à la mise en ligne de ces données par les patients eux-mêmes, qui étalent sur les réseaux sociaux leur fréquence cardiaque. Alors que cela reste une donnée médicale fondamentale. Il y a donc un enjeu de sécurité.
Récemment, j’ai essayé une brosse à dents connectée. Le lendemain, j’avais une publicité pour cet article sur mon ordinateur. Je ne m’y attendais pas. Et demain ? Est-ce que ma mutuelle santé va refuser de me rembourser des soins dentaires parce que je n’aurais pas assez utilisé ma brosse à dents, et donc que, quelque part, ce sera de ma faute ? »

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