Ondes électromagnétiques : des avancées scientifiques mais pas de consensus

Dans un esprit de partage de la culture scientifique, la Faculté des sciences, en partenariat avec la Direction de la Culture de l'Université d'Angers, a projeté mardi 5 avril le documentaire « Sous le feu des ondes » devant une assistance nombreuse (près de 100 personnes). Co-produit par Arte France, ce film diffusé pour la première fois en juillet 2009, dresse un état des lieux de la recherche dans le domaine des effets biologiques des rayonnements électromagnétiques. La présence de ces ondes dans notre environnement quotidien (radio, TV, téléphone portable, micro-ondes, wifi, etc.) soulève effectivement encore beaucoup de questions auxquelles la science tente de répondre. Les conséquences des rayonnements électromagnétiques sur la santé humaine restent au coeur des préoccupations.
Aucune certitude
Le débat qui suivait la projection était animé par Alain Vian, professeur des universités appartenant au laboratoire SAGAH, qui a mené des recherches sur la perception des ondes par les plantes, puis par les cellules de peau humaine. Ses travaux, ainsi que ceux d'autres équipes dans le monde, étaient présentés dans le documentaire.
En quête de réponses, le public de l'amphithéâtre Marie Curie était curieux de connaître l'avancée de la Science sur la question. Au risque d'en décevoir plus d'un, Alain Vian a rappelé qu'aucune étude scientifique n'a jusque là démontré avec certitude que les ondes ont des effets nocifs pour la santé. Les auteurs du documentaire diffusé sur Arte se sont aussi bien gardés de trancher la question face à une communauté scientifique divisée. Plutôt que de rentrer dans un débat sur la nécessité de décréter ou non le principe de précaution, l'objectif de la soirée était de faire état de la diversité des recherches en matière d'ondes électromagnétiques.
Les végétaux réagissent aux ondes, pas les gènes humains
Le débat a été l'occasion pour le botaniste Alain Vian d'approfondir l'explication de ses recherches. Lorsqu'il était enseignant-chercheur au sein de LASMEA de l'Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, le scientifique a travaillé durant plusieurs années sur la physiologie du stress chez les plantes. Il a découvert que les végétaux (des plants de tomates en l'occurence) perçoivent une exposition électromagnétique comparable à celle des téléphones portables (900 mégahertz de fréquence, 33 cm de longueur d'onde, 5 volt/mètre d'amplitude de champ). Quasi-immédiatement, et avec un très faible transfert d'énergie, les plantes réagissent à cette exposition en fabriquant des protéines spécifiques, comme elles le font face à d'autres « agressions » (telle que le contact d'une goutte d'eau froide). Sur le long terme, aucun retard de croissance ni infertilité des graines de tomates n'ont été détecté chez ces plantes.
Plus récemment, tout en conservant la même approche expérimentale, les recherches se sont orientées sur un modèle différent : des cellules de peau (kératinocytes). Les résultats définitifs de cette expérience, issus du programme MAPHYS soutenu par la Fondation Santé et Radiofréquences, viennent d'être publiés le 3 avril 2011 et sont sans équivoque. Ils montrent notamment que par l'utilisation de biopuces, (dans les conditions expérimentales employées) les gènes de cellules de peau humaine ne sont pas activés par le traitement, à l'image de ce qui était observé chez les plantes. Sur les 57 000 gènes présents sur les biopuces analysées, aucun n'a montré de différence significative d'expression à la suite de l'exposition. Prudent, Alain Vian s'est néanmoins refusé à toute extrapolation en matière de risques sanitaires qui conclurait à une absence de danger pour la santé. Ses derniers résultats concernaient des cellules, le botaniste estime qu'il faudrait maintenant répéter l'expérience sur des tissus entiers.
Pour en savoir plus : consulter Arte info et le site de la Fondation Santé et Radiofréquences
Thérèse Rosset
