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Retour sur la journée d'études consacrée à la retraduction des grandes oeuvres - Université Angers

Retour sur la journée d'études consacrée à la retraduction des grandes oeuvres

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La retraduction, élixir de jouvence des grandes œuvres

couverture de livre don quichotte

Il y a les pro et les anti-retraduction, ceux qui militent pour l'actualisation des « grands textes » et les autres, qui restent attachés à la traduction initiale. Alors quel intérêt à retraduire des grandes œuvres ? Deux traductrices, Aline Schulman et Élisabeth Kargl, ont apporté leurs éclairages sur la question lors d'une journée d'études organisée par le 3L.AM et le CERIEC dans le cadre du programme de recherche Confluences.

Aline Schulman était traductrice d'auteurs contemporains jusqu'à ce qu'un éditeur lui confie la retraduction de Don Quichotte de la Manche (première parution en 1605) de l'auteur espagnol Miguel de Cervantes. « Quand une œuvre ne parle plus au lecteur, il est temps de la restaurer », explique-t-elle. Restaurer un rapport disparu ou relâché entre le livre et le public, voilà l'objectif de la retraduction. L'œuvre reste mais le lecteur change, d'où la nécessité de réadapter le texte. La retraduction se fait ressentir pour les « monstres » de la littérature ayant une longévité suffisante, capables de résurgence.

Traduire en langue vivante

Au moment de traduire Don Quichotte, il n'a pas été question pour Aline Schulman de faire abstraction des traductions antérieures. Une méthode qui lui a permis de surmonter les difficultés rencontrées par ses prédécesseurs.


Mais que le lecteur ne s'y méprenne pas, la traductrice s'est interdit de traduire Don Quichotte en français moderne ! Afin de ne pas dénaturer l'œuvre, elle a veillé à n'utiliser aucun mot apparu dans la langue française après 1650. Plutôt que d'utiliser l'expression « tomber dans les pommes », trop moderne, elle a préféré écrire « tomber d'inanition », tout aussi compréhensible et dont le lexique est d'époque.

Encore plus important que le lexique utilisé, les modalités du dire, qui doivent s'accorder avec celles d'aujourd'hui. « Tout le défi est de trouver une syntaxe qui s'accorde avec notre parler actuel », témoigne Aline Schulman. Sa difficulté principale a été de « rendre » le parler de la rue de Sancho. Ce personnage comique, écuyer de Don Quichotte, enchaîne les proverbes inappropriés à la situation. Plutôt que de traduire mot à mot les dictons espagnols, elle a préféré trouver des équivalents en français. Elle a par exemple choisi de traduire l'expression « Non avec qui tu nais mais avec qui tu pais », par le proverbe français « Qui se frotte à l'ail ne peux sentir la giroflée ».

Reconstruction d'une oralité

La retraduction prend une toute autre forme sous la plume d'Olivier Le Lay, traducteur du roman allemand Berlin Alexanderplatz (première parution en 1929) d'Alfred Döblin. Élisabeth Kargl, maître de conférences à l'Université de Nantes en traduction littéraire et traductologie, s'est fait l'écho de sa technique de traduction innovante.


En réponse à la traduction précédente, Olivier Le Lay a volontairement maintenu certains termes allemands, germanisant ainsi le français. « La première et unique traduction datée de 1933 était à tendance assimilatrice », a résumé Élisabeth Kargl. Des passages entiers avaient été condensés ou coupés, ne rendant pas totalement l'ambiance berlinoise des années 30 décrite dans le livre de Döblin. Olivier Le Lay semble ainsi vouloir se placer aux antipodes en créant une langue artificielle qui n'existe pas en français mais qui se rapproche des dialogues entendus à Berlin. « Il veut clairement instaurer une distance culturelle », analyse Élisabeth Kargl. L'utilisation du terme allemand « schnaps » au lieu du mot français « liqueur » illustre cependant le risque de cette méthode de traduction : perdre le lecteur non germanophone, qui n'a pas les clés lexicales pour accéder au roman.

Tout comme Aline Schulman, Olivier Le Lay a aussi travaillé sur le rythme du texte mais la méthode est bien différente. « Olivier Le Lay va jusqu'au calque sonore pour rendre l'ambiance des rues berlinoises », démontre Élisabeth Kargl. La ponctuation, les silences, la syntaxe allemande, l'attaque et la chute des phrases sont ici conservés pour tenter de se rapprocher le plus possible de l'oralité allemande.

Thérèse Rosset

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