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Retour du colloque Hétérolinguisme et traduction - Université Angers

Retour du colloque Hétérolinguisme et traduction

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Le traducteur face à l’hétérolinguisme

Olive Senior

La journée d’études organisée par le CRILA vendredi 17 juin avait pour thème l’hétérolinguisme et ses enjeux pour la traduction. Une trentaine de chercheurs étaient réunis à la Maison des sciences humaines pour échanger autour de la pluralité langagière en littérature ou encore du rôle de la ponctuation, créatrice d’« hybridité » dans un texte par des effets de rythmes.

Olive Senior, poétesse et nouvelliste jamaïcaine était invitée d’honneur de cette journée et l’a introduit avec une conférence relative à l’hétérolinguisme tel qu’elle le pratique. L’auteur évoque en effet dans ses nouvelles la vie caribéenne et autorise les personnages à parler comme dans la « vraie vie », autrement dit en anglais standard et créole jamaïcain. Ses livres sont complètement imprégnés de ce mélange linguistique. « Cette façon de retranscrire le parlé des jamaïcains me vient facilement, presque intuitivement », a expliqué Olive Senior durant la conférence introductive.

Mais l’hétérolinguisme n’est pas sans poser certaines difficultés aux linguistes. Comment traduire un texte empreint de variétés régionales inconnues dans les autres pays ? « Traduire les nouvelles d’Olive Senior a supposé que je me familiarise avec la culture et la langue jamaïcaine afin de comprendre le sens de certaines expressions et de trouver ainsi l’équivalent en français », a précisé Marie-Annick Montout, chercheure au CRILA, spécialiste de littérature caribéenne et anglophone.

Jean-Guy Mboudjeke, chercheur de l’Université de Windsor au Canada et intervenant de la journée d’études sur le thème « Quelle éthique pour la traduction des textes hétérolingues ? », va plus loin. Au-delà de la question du « comment traduire un texte hétérolingue ? », il s’interroge sur la nécessité même d’une traduction. Au regard de l’éthique (selon Berman et Venuti, la traduction doit être un lieu de préservation de l’étranger en tant que personne, elle doit amener le lecteur à l’étranger, et non l’inverse), il est intéressant pour le traducteur de se demander à quel prix le texte hétérolingue peut être traduit ? Autrement dit, qu’est-ce qu’un écrit de ce type perd après une traduction ? Ce thème de recherche pousse au fond les linguistes à s’interroger sur la tendance actuelle à l’omni-traduction, du fait qu’aujourd’hui pratiquement toutes les langues sont traduisibles.

Thérèse Rosset

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Écoutez l'interview d'Olive Senior

Traduction française de l'interview d'Olive Senior (par Marie-Annick Montout)

Exemple d'hétérolinguisme

Extrait de la nouvelle "The Lizardy Man and His Lady" (Discerner of Hearts & Other Stories) d'Olive Senior. Deux jeunes enfants jouent et parlent. Tous les deux vivent dans le même quartier ultra-chic, à Kingston. Robert est issu d'une famille de nouveaux riches ; Shelly-Ann vit avec sa mère et son beau-père, trafiquant de drogue. Tous les deux parlent à la fois l'anglais standard, l'anglais jamaïcanisé, et le créole qui leur est transmis par les domestiques. Voici des exemples où le lexique est anglais, la syntaxe jamaïcanisée, et l'exclamation en créole basilectal, c'est-à-dire en créole proche des langues non-européennes :

"So how the other gun stay, Shelly-Ann?"
"He have another one hide in the clothes closet in the bedroom. Is like what the police carry."
"What? A M-16?"
"I don't know is what. Same like you see the police driving around in their jeep with."
"M-16, Shelly Ann. To raatid!"