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Hommage à Jean-Baptiste Humeau - Université Angers

Hommage à Jean-Baptiste Humeau

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Photo de Jean-Baptiste Humeau (source : profil Linkedin)
Agrégé et docteur en géographie, Jean-Baptiste Humeau qui a rejoint l’Université d’Angers en 1990, est décédé le lundi 18 septembre 2017. Au cours de sa brillante carrière angevine, Jean-Baptiste Humeau a notamment occupé les fonctions de directeur du département de géographie, de directeur du laboratoire CARTA puis directeur de l'Ecole doctorale d’Angers. Son expertise lui a en particulier permis de coordonner le consortium européen 2H2S et de présider le conseil de développement de la région d’Angers.

 

Jean Soumagne, professeur émérite de l’UA, se souvient de son confrère et ami.

"La disparition de Jean Baptiste nous plonge dans une profonde affliction. Comme lui-même en était persuadé, nous avons cru à quelque nouvelle rémission comme il y en eut d’autres au fil de toutes ces années de combat contre la maladie… À chaque fois l’espoir renaissait, les projets se multipliaient et les paroles fusaient…

Car Jean Baptiste était un homme de parole, à tous les sens du mot ; non seulement parce qu’un professeur est une sorte de « ministre de la parole », qu’il administre généreusement à ses élèves et disciples, mais parce-que, dans son cas, c’était un trait fondamental de son humanité, de son humanisme.

En effet, Jean Baptiste, croyait dur comme fer aux bienfaits du discours et du dialogue, à l’explication progressive et argumentée des points de vue, des arguments, à la disputatio classique. Cela s’appliquait dans toutes les situations de la vie courante, tant avec ses proches que dans le monde professionnel.

Beaucoup savent comment ses cours soigneusement affinés étaient distribués aux étudiants de sa voix douce et ferme, mais aussi combien il sollicitait de leur part des échanges d’expérience, des compléments, des questions. Sur le terrain, lors des stages géographiques, il excellait non seulement dans les présentations magistrales mais encore à susciter la mise en commun, attentif à chacun et à la cohésion du groupe en vue d’une compréhension globale ; il savait susciter l’apport verbal, même des plus timides, les mettant en confiance, concourant ainsi à la construction de la personnalité des jeunes sur qui il veillait de manière quasi paternelle. Des étudiants débutants jusqu’à ses doctorants, français et roumains, attelés à une tâche de longue haleine il savait encourager en étant attentif à leurs problèmes scientifiques mais aussi cherchant à apaiser leurs éventuels soucis personnels.

Cette attention faisait aussi merveille dans les rencontres avec les « acteurs » des territoires : qu’ils soient agriculteurs, artisans, élus locaux, chargés de développement, entrepreneurs, Jean Baptiste trouvait les mots, avec empathie, qui permettaient de délier les esprits, de faire surgir les paroles, d’enrichir la connaissance et de clarifier les situations.

Humaniste, Jean Baptiste s’exprimait avec conviction et modération, sachant que le logos vindicatif tend à crisper les attitudes et aboutit souvent à des discours juxtaposés et non à de vrais échanges. Ce mode d’élocution, posé et progressif, témoignait, au delà de l’efficacité qu’il apporte, d’un grand respect des personnes. Il s’agissait, lors des « joutes oratoires », d’éviter les propos désinvoltes ou blessants, de ne pas brusquer ou froisser les interlocuteurs, de jouer éventuellement sur l’humour ; en fait, tout ceci partait de la considération portée à chaque individu lors des rencontres. Cela ne l’empêchait naturellement pas de développer sa propre pensée de manière étayée. Persuadé de la perfectibilité de tout projet et des atouts potentiels de toute personne, il tentait toujours de faire progresser la réflexion et l’esprit d’entreprise.

Hors champ, dans la vie familiale bien sûr, et dans les rencontres amicales, la conversation prenait sur beaucoup de sujets un tour enjoué et plaisant. Qu’il s’agisse de voyages, de terroirs et de gastronomie, de vie culturelle, le sens de l’anecdote se joignait à la connaissance pour l’enchantement de tous. Certes, sur des sujets moins légers, Jean Baptiste exprimait parfois sa déception face aux pesanteurs, aux conservatismes ou immobilismes en tout genre, mais dans nos longues conversations, nouées au fil des quarante années d’amitié, c’est davantage avec un humour teinté d’ironie qu’il prenait les choses ; et jamais il ne renonçait à faire évoluer les personnes et les structures.

En somme, Jean Baptiste croyait en l’homme, aux échanges, aux vertus du langage, propre de l’homme. Comme il vouait un grand attachement au monde ligérien, à l’Anjou, à Angers, à l’Université, il ne ménageait certes pas ses efforts en faveur de leur développement à travers tous les cercles et les réseaux régionaux et européens. Par son sens du dialogue et par son acuité d’esprit il a excellé à les créer, les faire croître, les animer."

Jean Soumagne