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Colloque Justice et médias - Université Angers

Colloque Justice et médias

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Quand justice et médias acceptent de se parler

De gauche à droite : Denis Demonpion, Solange Doumic, Yves Boiteau

L’Association Confluences pénales de l’Ouest et l’Ordre des avocats d’Angers, en partenariat avec l'Université d'Angers, ont organisé jeudi 18 avril un colloque au centre de congrès sur les rapports entre la presse et la justice. Journalistes, avocats, juges ou magistrats ont accepté de confronter leurs idées, sans concession.

Je t'aime, moi non plus. Professionnels du monde judiciaire et du monde des médias s'accordent sur un point : les rapports entre les deux corporations sont parfois difficiles. "Souvent, la loi est silencieuse, relève Pascal Rouiller, avocat au barreau d'Angers et ancien étudiant de la Faculté de Droit, économie, gestion. Et si nous avions le courage de nous parler ?"

Des rapports souvent conflictuels

Se parler, oui. Mais alors sans concession. Réunis autour de quatre tables rondes ("Justice-Médias : des rapports historiquement difficiles, une compréhension impossible ?" ; "La communication institutionnelle : quand les procureurs, et les autres, parlent aux Français …" ; "Communication judiciaire et stratégie de défense" et "Et les médias dans tout ça ? De la déontologie à la chasse au scoop") avocats, juges, magistrats, journalistes et autres professionnels en présence ont tenté d’éclairer les rapports médias-justice, souvent conflictuels. Et chacun a pu étaler ses états d'âme.

Jusqu'où le parquet peut communiquer ?

Entre présomption d'innocence et nécessité de l'investigation, les échanges ont ainsi pu mettre en lumière les besoins et les limites de la communication de crise. Pour Yves Gambert, procureur de la République d'Angers, cette communication "peut être nuisible à l'élucidation d'une affaire". Et pour cause, "lorsque l'on arrive sur un fait divers, on est soumis au bombardement de questions de la part des journalistes. Il y a un risque de parasiter l'enquête" assure-t-il. Pour autant, "nous sommes formés à la communication grâce à des cours de média-training mais aussi notés par une grille d'évaluation des magistrats" précise Jean-Baptiste Bladier, procureur de la République de Soisson. "La question aujourd'hui n'est donc plus est ce qu'on peut communiquer mais jusqu'où peut-on aller ? Quand la Justice donne à voir, elle en sort grandie" renchérit le magistrat.

Des accointances limitées

Le tout, évidemment, est rapport de confiance entre interlocuteurs. Eric Maillaud, procureur de la République d'Annecy a du gérer une communication de crise dans l'affaire de la tuerie de Chevaline où trois membres d'une famille britannique et un cycliste français avaient été retrouvés morts. "Il y a une différence entre la communication à l'échelle locale avec des journalistes que l'on voit tous les jours et la communication avec des journalistes nationaux et internationaux", relève-t-il. Selon le contexte ou même la nature des rapports, parquet et journalistes ne se permettrait pas toujours les mêmes accointances...

Des avocats "pris en étau"

Qu'en est-il des avocats ? Pour cette profession également, la communication est une question d'équilibre. "La communication de l'avocat ne peut se justifier, ne peut se fonder que sur l'intérêt de son client, soutient Pascal Rouiller. Seul l'intérêt de la cause qu'il soutient a du sens". L'avocat se retrouve ainsi "pris en étau entre la nécessité de défendre et le secret professionnel qui est impératif" plaide Solange Doumic, avocate à Paris, spécialiste en droit pénal.

Une compréhension possible

De son côté, le journaliste est soumis à sa propre déontologie. Mais "il n'est pas tenu au secret de l'instruction, il n'a pas à s'en soucier" assure Denis Demonpion, chroniqueur judiciaire au Nouvel Observateur. Néanmoins, il ressort des échanges que la compréhension entre justice et médias reste encore possible. "Il y a encore vingt ans, la grande muette n'était pas seulement l'armée mais aussi la justice, se souvient François Coulon, journaliste à Europe 1. Heureusement, ce n'est plus le cas aujourd'hui. On a vécu une très forte évolution ces dernière années. Et ce changement est bénéfique pour notre démocratie".

Baptiste CROCHET
baptiste.crochet @ univ-angers.fr