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Conférence de Hajer Gueldich - Université Angers

Conférence de Hajer Gueldich

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De la démocratie en Tunisie

Le 30 mars 2015

Photo de manifestation lors de la révolution tunisienne

Professeure en droit public à l'Université de Tunis, Hajer Gueldich animera ce lundi 30 mars une conférence-débat ouverte à tous. Le thème : la transition démocratique en Tunisie, du déclenchement de la révolution tunisienne le 14 janvier 2011, premier acte du Printemps arabe, à la promulgation de la Constitution le 27 janvier 2014. Entretien.

Comment avez-vous vécu l'attentat contre le Musée du Bardo, le 18 mars dernier ?

Hajer Gueldich : Comme beaucoup, j'ai été extrêmement choquée. Le bilan est lourd, 24 morts, et c'est la première fois qu'ils frappent en ville, en s'en prenant à des civils, et encore pire en s'en prenant à des touristes. Nous n'avions jamais connu ça en Tunisie. Mais d'un autre côté, j'ai été rassurée, soulagée, par la réaction de la société civile tunisienne et de la communauté internationale. Il y a eu beaucoup de soutien, un sentiment de solidarité. Un peu comme avec Charlie, il y a eu « Je suis Bardo » : on est tous unis contre ce fléau, qui ne concerne pas seulement la Tunisie, mais n'importe quel pays au monde.

Ne faut-il pas craindre un impact négatif sur le processus démocratique tunisien, qui fait jusque-là figure d'exemple dans les pays arabes. Une tentation sécuritaire notamment ?

HG : Non, je ne pense pas. D'abord les relations sont très bonnes avec les militaires – nous accrochions des bouquets de fleurs sur les chars pendant la révolution. Ils restent neutres et ne se mêlent pas de la vie politique. C'est différent du contexte de la Libye ou de l’Égypte.

Hajer Gueldich a été invitée par Rahim Kherad
Aujourd'hui, nous sommes parvenus à rédiger une bonne Constitution, votée le 27 janvier 2014, garante de la démocratie, des libertés individuelles et collectives, du principe de séparation des pouvoirs, de contrôle de la constitutionnalité des lois. Il y a eu des élections législatives, en octobre 2014, avec l'élection d'un Parlement pluriel. Nous avons eu une élection présidentielle à deux tours, (en novembre et en décembre 2014) dont personne ne connaissait le résultat à l'avance, une grande première. Des élections libres, honnêtes et transparentes. Tout cela, ce sont des acquis.. Il y a aussi la liberté d'expression, que nous ne sommes pas prêts d'abandonner.

Vous savez, le processus démocratique de la Tunisie doit beaucoup à la société civile... À chaque fois que le train a commencé à dérailler elle s'est mobilisée pour le remettre en place. S'il devait y avoir dérive, la société civile ne le permettrait pas.

« Le droit est entré dans nos vies »

Avant 2011, le peuple parlait foot. Aujourd'hui, on parle droit constitutionnel même dans les taxis, les cafés, les lycées. Mes enfants parlent de droit, ma femme de ménage me demande ce que je pense de tel ou tel parti politique. Dès que vous zappez à la TV, il y a un débat sur la politique, le droit, la transition démocratique. Il y a des colloques, des conférences dans les universités, quasiment tous les jours. Le droit est entré dans nos vies, on a vulgarisé le droit. D'ailleurs, aujourd'hui, le nombre d'affaires explosent devant les tribunaux, puisque chacun connaît ses droits et les défend plus qu'avant.

Mais l'attentat peut aussi avoir des répercussions économiques...

HG : Je crois en effet que le processus démocratique a plus à craindre de la fragilité économique et financière de notre pays. Nous avons plein d'atouts, mais nous traversons une grande crise, dont on n'arrive pas à sortir, avec une forte augmentation du chômage, de l'inflation, des grèves à répétition... Aujourd'hui, le peuple tunisien est épuisé. Et, en matière politique, la faim est rarement bonne conseillère. Et puis, il y a aussi ce qui se passe à nos frontières, en Lybie, qui fait peser une menace grandissante (trafic d'armes, économie parallèle, passage d'intégristes, etc.).

Si nous voulons aller au bout du processus, je crois qu'il est temps que la communauté internationale aide notre pays sur le plan économique, par un moyen ou un autre. En ne boycottant pas le tourisme, par exemple, déjà en berne depuis la révolution de 2011, alors qu'il constitue le poumon économique du pays et représente la première source de revenus de la Tunisie. Venez, et vous verrez, nous avons de très beaux paysages, de belles plages, de beaux sites historiques, mais aussi des artistes, des intellectuels, et 3000 ans d'une histoire très riche.

Début de la conférence lundi 30 mars, à 17 h,
à la Faculté de droit, d’économie et de gestion, amphi Lagon.
Entrée libre et gratuite.

Renseignements complémentaires : Rahim Kherad
rahim.kherad @ univ-angers.fr

Professeure invitée

Auteure d'une thèse sur « Le droit d'ingérence et les interventions humanitaires : état du droit et de la pratique international », soutenue en 2008, Hajer Gueldich, 39 ans, est professeure agrégée en droit public à l'Université de Carthage et l'Institut supérieur des études juridiques et politiques de Kairouan. Fin janvier 2015, en marge du 24e Sommet de l'Union africaine elle a été élue membre de la Commission de l’Union africaine pour le droit international (Cuadi), un collège de 11 experts chargés de promouvoir le développement progressif du droit international en Afrique et de sa codification.

Hajer Gueldich a été invitée pendant dix jours à l'Université d'Angers, par Rahim Kherad professeur de droit, et co-responsable du master Droit international et européen.