Même sans neurones, les plantes mémorisent

Même sans neurones, les plantes mémorisent

« On aurait pu se douter que les plantes possédaient une aptitude à la mémoire », reconnaît Michel Thellier, membre de l'Académie des Sciences et invité d'honneur d'une semaine consacrée à la mémoire organique organisée par la Faculté des Sciences et la Direction de la culture de l'UA du 16 au 19 janvier. Pendant près de 30 ans, ce professeur émérite de l'Université de Rouen a consacré une partie de son activité à mettre en évidence et étudier le phénomène de mémoire chez les plantes. Une question qui passionne également Alain Vian, professeur de botanique à l'UA, conférencier lors de cette semaine thématique.

L'hypothèse selon laquelle les plantes pourraient elles-aussi avoir une mémoire, émise en 1982 par Michel Thellier (Rouen) et Marie-Odile Desbiez (Clermont) était loin de faire l'unanimité à cette époque. Plusieurs chercheurs ont confirmé depuis la possibilité qu'ont les plantes à mémoriser de l'information. Si elle pouvait paraître surprenante, cette théorie était loin d'être invraisemblable À la différence des animaux, les plantes ne peuvent pas se déplacer pour rechercher leur alimentation, ni pour fuir leurs prédateurs ou des conditions environnementales défavorables. Elles doivent donc optimiser la façon dont elles utilisent leurs ressources (le plus souvent limitées), là où elles sont, pour maximiser leur probabilité de survie. Les plantes perçoivent les stimulus (la pluie, le vent, le froid, la chaleur, les agressions des herbivores ou des pathogènes, etc.) et mémorisent sur un temps suffisamment long, non pas vraiment ces stimulus mais plutôt le type de réaction qu'ils doivent entraîner. Cette capacité est un atout précieux permettant aux plantes de faire une réponse finale intégrée à l'ensemble de ces stimulus et à leurs fluctuations.

Stockage et « recall »

Michel Thellier, Académicien des Sciences
« Une stimulation environnementale conduit à un stockage d'information », explique Michel Thellier. Mais il arrive que l'information reste latente tant que la plante n'a pas reçu une autre stimulation qui lui permette de « rappeler » (recall, en anglais) cette information et d'en faire usage dans le contrôle de son métabolisme et de sa morphogénèse. Il a aussi été observé que la perception d'un stimulus modifie la façon dont la plante répond à l'application ultérieure du même stimulus ou d'un autre, différent. Si une plante perçoit un stimulus auquel elle a été préalablement soumise, sa réponse sera plus forte. Alain Vian a illustré ce phénomène par l'exemple des plants de tabac sur lesquels a été mimée l'attaque d'un insecte (en vaporisant du methyl-jasmonate). Sa première réponse défensive a été la production de nicotine. Après une seconde exposition à ce produit, la production de nicotine s'est révélée plus rapide, démontrant ainsi la capacité de « mémoire » de la plante afin de rendre plus efficace sa réponse. « La mise en mémoire des mécanismes de défense chez les radis après une attaque d'herbivores va plus loin », note Alain Vian. En plus d'accélérer son temps de réponse, le plant de radis transmet cette capacité de défense à sa descendance, qui devient plus résistante à l'attaque des herbivores !

Une mémoire qui n'a pas fini de livrer ses mystères

Attention cependant aux comparaisons. Ce que les scientifiques appellent la mémoire des plantes n'a rien à voir avec la mémoire humaine ! Les végétaux ne possèdent pas de neurones ni d'organes des sens. Tandis que notre mémoire stocke les faits (vue, sensations, etc.), les plantes mettent en mémoire le type de réaction à adopter mais « ne se rappellent pas » avoir subi une piqûre ou un coup de froid. Chose étonnante, les plantes sont capables de mémoriser certaines informations pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines et parfois de rappeler cette information à plusieurs reprises.

Alain Vian
Les scientifiques ont accumulé beaucoup de données sur le fonctionnement du stockage d'information et l'implication du calcium dans ce processus, mais ils ne comprennent pas encore très bien les mécanismes physiologiques à l'origine du « recall », le rappel de l'information stockée. « Il faut aller vers une description mathématisée du processus de mémorisation par les plantes », selon Michel Thellier. Il est en relation à cet effet avec une équipe allemande qui cherche à modéliser le fonctionnement de cette forme de mémoire. Ainsi, le flambeau passe d'une génération à la suivante, spécialement à Angers avec Alain Vian et chez nos voisins allemands, pour poursuivre l'étude des processus de stockage et de « recall » d'information chez les plantes.

Thérèse Rosset

Commentaire de Marguerite Cottenot posté le 16 février 2012 à 19:28

Enfin on découvre la mémoire des plantes. Si on pense aux

mémoires millenaires des séquoias, chênes et forêts entières.

Sans aucun doute on découvrira que certains événements humains

comme les guerres, migrations, etc ont laissé leur empreinte

dans les végétaux qui parfois laissent une forte charge

émotive dans l'environnement.

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